Mardi 15 avril 2008

Se construire en écrivant


                                                                    Esher 

Le langage possède ce pouvoir de structurer la pensée mais aussi les émotions, les sentiments, le passé bref toute une personnalité. Je ne sais pas quel est celui qui travaille le plus l’autre : le stagiaire qui s’exerce à écrire ou les mots qu’ils utilisent et le façonnent ? 

Une si légère attirance pour la poésie

Le premier contact avec la poésie m’avait laissée dubitative sur l’attirance réelle des stagiaires pour la poésie. La consigne demeurait proche d’eux. L’exigence d’écriture restait faible en longueur et en efforts demandés. Je photocopiais donc plus de textes sur une même page et je me limitais à ne présenter que deux poèmes. Les stagiaires ont eu la curiosité d’aller lire les autres en oubliant les restrictions de ma proposition. Leur indiscipline m’encouragea à poursuivre.

 

Extraits 


LA POESIE
 


Quelle galère la poésie ! Quand on commence le début du poème
C’est tout un problème

Que c’est marrant
Un poème qui met ses rimes en avant 

Pauvres personnes qui s’intéressent au poème
Il y a la preuve
Au fond des mémoires 

Soyez submergés par vos émotions
Poème romantique et fantastique


Vanessa


Réutiliser une structure facilite l’organisation de sa propre pensée et la clarifie. L’écriture demande moins d’efforts. Les résultats étonnent généralement les stagiaires.
 

 

L’histoire en « ette »
Sur la mer des tempêtes, je navigue à bord de ma vedette
A la recherche de ma conquête qui se trouve dans une ville appelée Rouquillette
J’arrive au bord des portes ouvertes toujours à la recherche de ma conquête
Je vais au parking prendre ma voiturette.
Pour aller encore à la recherche de ma conquête et je finis par la trouver en discothèque. 


(Sur un vers de O lune, sur la mer des tempêtes & rimes en ette – Citron vert Odile Caradec)

Romain Couillaud
 



Mots inconnus :
Et soudain l’ai brandi 


Mots que j’aime:
- Pour réveiller les morts à grands coups de trompette
- J’ai dorloté les cordes d’un violoncelle
- J’ai appris à me servir de mes dents
- J’ai appris à me servir de mes ongles


Romain Couillaud

(Un peu de musique – Citron Vert – Odile Caradec)

 

Un peu de musique
J’ai appris à me servir de mes mains
Avec j’ai attrapé mon premier biberon
J’ai appris à me mettre debout
J’ai appris à me servir de mes jambes
J’ai appris à faire mes premiers pas
J’ai appris à ouvrir ma boîte de jouets


Romain Couillaud

Dans l’élan du premier vers du poème d’Odile Caradec

 (Un peu de musique – Citron Vert – Odile Caradec)

 

 

UN PEU DE MUSIQUE 

J’ai appris à me servir de mes mains
J’ai appris à me servir de mes doigts
Avec j’ai fabriqué des vêtements
Allumer des cigarettes
Ouvert la fenêtre pour observer le ciel
Finissant des poèmes


Blandine

 

J’ai dorloté les cordes de ton cœur
Pour que tu ne te sentes plus seule
Afin que s’envole tout ton malheur
Texte incomplet


Laurence

Clair-obscur Odile Caradec (Prolonger le texte de l’auteur pour produire un récit)

 

Ombre mystérieuse !
On ne voit que son ombre
Et un cercle très légèrement lumineux
Ce qui nous permet de voir quelques formes
L’ombre s’approche ! De plus en plus !
Mais plus elle s’approche et moins on arrive à la distinguer
Et quand elle arrive tout près de nous, plus rien.
Mais ou est passé cette ombre mystérieuse ?


Aline

 

CLAIR-OBSCUR 

Elle emmène son homme
Comme une étoile filante
On ne voit que son visage
Et un sourire très charmant
On distingue l’amour entre eux
Et leurs joies 


Blandine

 

Les arbres à nuages

Dans la forêt du poème, le feuillage des arbres est fait de nuages où des livres y poussent. De temps en temps, le promeneur au petit bec y inscrit des poèmes qui viennent du ciel, pour que chaque mot aille toucher les racines et ravive l’arbre. Quelque fois une femme vient pour cueillir des livres et se repose au pied des arbres en lisant les poèmes et en écoutant les bruits de l’oiseau en train d’inscrire d’autres poèmes.


Aline

(Inventer son propre procédé d’écriture) 


Dans la forêt de nuages un homme et une femme se promènent. La femme avait un livre de poèmes et l’homme avait des plumes aux oreilles. Il avait tous les deux un bec d’une blancheur incroyable. La femme criait des poèmes de Victor Hugo. L’homme volait avec ses oreilles et d’un seul coup l’homme tomba sur la femme parce qu’elle l’avait déconcentré avec sa voix perçante. Ils apprirent à se connaître. La femme lui dit qu’elle est écrivain. L’homme lui dit qu’il est un homme de cirque et même l’attraction numéro un. Et voila un coup de foudre à la manière des anges de la forêt de nuages.


Lydie

 

 
DANSEUSE ETOILE
 

Dans un grand ciel bleu
Où la nuit tombe
Plein de petites étoiles
Apparaissent gracieusement
En réalisant une danseuse 

Au fond de moi
Je me rendais compte que je rêvais
Je n’y croyais pas
De voir tout ce qui se passait
Je lève ma tête vers le ciel
Je réalise que mon vœu est exhaussé.

 Je veux vous dire
Depuis mon enfance
Ma passion est la danse
Et que je serai contente de devenir
Une DANSEUSE ETOILE.



Vanessa
 



En savoir plus sur Odile Caradec
 

Poétesse, secrète et discrète, elle attend de recevoir le prix Charles Vildrac en 1996 et ses soixante dix ans révolus avant de dire à ses proches qu’elle écrit de la poésie. Atteinte d’une profonde modestie, elle se cache jusque dans les profondeurs de son être pour y puiser son inspiration. Le secret étant l’une « des conditions de l’apparition de l’art. ». Selon Jean Rousselot, « Elle est l’une des rares femmes à pratiquer l’humour en poésie. ». Robert Sabatier parle de son « humour d’un noir de jais enchâssé dans une belle élégance d’écriture », Vahé Godel évoque son « lyrisme grinçant, corrosif et dru ». Elle publie à partir de 40 ans et compte près de 20 recueils dont certains sont bilingues (français-allemand). Ses poèmes figurent dans de nombreuses anthologies dont La poésie du XXe siècle de Robert Sabatier, L’érotisme dans la poésie féminine Ed. Pauvert. Née à Brest en 1925, elle exerce comme documentaliste pendant de longues années au Lycée Camille Guérin de Poitiers, puis se consacre à l’écriture et au violoncelle.  


Travaux des stagiaires:

 
 
par Jocelyne Barbas, formatrice publié dans : Journal de l'animatrice
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