Mardi 14 octobre 2008

Atelier du 23 septembre 2008.
Seize présents. Préparation tables rondes «  Se construire et se reconstruire » du 20 novembre 2008. Le groupe s’est profondément renouvelé. Je retrouve les mêmes blocages du démarrage qui se manifestent notamment par le refus de parler de soi, une réaction instinctive de repli et de protection.

Empêtrés dans leurs complexes, la timidité, la peur d’être jugé, la terreur parfois d’aller vers les autres. Je les vois au supplice, paralysés par des émotions qui les dépassent. Certains parlent de leur flemme. Le silence, c’est la seule porte de sortie qu’ils connaissent et précisément, aujourd’hui, je les oblige à rester présent intellectuellement, à s’interroger sur eux-même, à mener une réflexion objective, à se désengluer de leur inertie.

« Non, je ne dirais rien, c’est trop intime et personnel. » Même ambiguïtés. C’est le tout ou rien. Aujourd’hui, c’est rien, jour de fermeture. Toute l’équipe connaît par cœur ces objections. Ces jeunes ne sont pas les premiers à nous servir cette excuse. Des traditions se créent, y compris, chez les stagiaires.

J’ai parfois l’impression d’avoir à user d’un pied de biche mental pour les ouvrir à l’échange, à recourir à des images très fortes pour déminer leurs stratégies d’évitement, à les provoquer aussi.

«  Bon, si je vous disais que j’ai envie d’avoir un amant, d’accord, là c’est intime. Si je vous avoue que j’ai besoin d’affection, là je vous parle de besoins humains que nous sommes tous amenés à connaître un jour. Pas de dévoilement, mais une liberté d’expression. Comme vous, j’ai besoin que l’on m’apprécie. C’est peut-être parce que je n’ose pas aller vers les autres que je ressens ce besoin. C’est un exemple de changement personnel que l’on peut souhaiter. Vous voyez bien que je ne vous aie rien dévoilé de ma vie ! »

L’argument fait mouche et commence à desserrer les entraves. La compréhension intellectuelle demeure insuffisante pour générer des changements d’attitude et de comportement. J’aimerais les amener à faire des expériences. La majorité des jeunes reste captifs de leur émotivité et ne parviennent pas à donner une dimension générale à des difficultés individuelles. Le stress est palpable. Ils ne savent pas formuler leur question. Les mots surgissent dans le désordre. Les interrogations s’avèrent parfois incompréhensibles. Les esprits s’agitent. Le découragement les guette quant ce n’est pas l’énervement de ne pas parvenir à communiquer avec le groupe. La prise de recul est impossible. La confrontation avec eux-même devient insupportable. Ils ne savent pas évaluer quelle est la bonne distance relationnelle à adopter avec leur interlocuteur. Ils comprennent que leur histoire personnelle à l’état brut est intransmissible mais n’ont pas encore la capacité de l’exprimer, et qui plus est, de l’exprimer publiquement. L’exercice est particulièrement violent. Je sens à quel point cela peut les bousculer. 

Je me déplace et lis par-dessus les seize paires d’épaules leur brouillon afin de proposer à chacun une reformulation d’urgence qui les protège de ce qu’ils redoutent : le jugement.

Pris en défaut, une seule alternative subsiste : apprendre à exprimer ensemble leurs sujets de préoccupation, à trouver les mots justes qui expriment leurs idées. Ils acquiescent. Ils font l’expérience de la clarification de leur pensée et de la satisfaction d’être compris. Rapidement, ma démarche est mieux perçue par deux jeunes femmes qui m’aident à faire passer le message et il finit par passer au bout de… trois heures. Temps nécessaire pour apprivoiser les consciences apeurées et endolories.

La thématique de « se construire et se reconstruire » devient signifiante et ils en perçoivent les intérêts pratiques, hormis deux jeunes, qui restent sur la défensive. J’espère néanmoins avoir opéré quelques brèches dans leur bulle et leur avoir donner à respirer d’autres réalités. Parfois l’air trop vif provoque des rétractations au fond de leur « coquille ». L’information est passée mais la communication n’est pas encore établie.

 

Il s’agit bel et bien d’accompagner une transformation profonde à travers une démarche de questionnement, d’aider à ce qu’une ouverture au monde extérieur s’opère et demeure. On ne répare pas des erreurs d’interprétation, des inaptitudes en claquent des doigts, ni en usant des sourires ou de méthodes douces. Les prises de conscience sont brutales. Former se transforme parfois en une authentique bataille mentale. La résistance de l’esprit humain n’a rien à envier à celle des métaux !

 

Après des efforts de reformulation afin mettre à distance son histoire personnelle, je les oriente vers un nouveau niveau de distanciation : les questions trop générales placeraient en difficulté les intervenants invités le 20 novembre. Les questions surgissent dans l’impulsivité du moment, sans relation logique avec la thématique de cette journée. Pas-à-pas, les propositions se succèdent. Cependant, elles ne sont toujours pas classées en fonction des interlocuteurs.

L’expression orale s’avère éprouvante, elle le reste par nature : « Tout parleur doit affronter simultanément de sérieuses difficultés : suivre la pensée de son interlocuteur, cerner, par approches successives une notion complexe, trouver les mots qui l’expriment, enfin maintenir le contact avec le vis-à-vis afin de le convaincre. » Savoir rédiger, les voies de l’expression française, Ed ; Bordas 1978

 

La perspective de pouvoir s’entretenir avec des personnalités hors du commun lors de la journée du 20 novembre ne suscite pas d’emblée leur enthousiasme. Voici le constat que j’aimerais qu’ils fassent : l’autre est peut-être porteur de la solution que je cherche mais si je ne m’autorise pas tendre la main pour la saisir, et poser la bonne question pour obtenir ce que je souhaite le plus… ce trésor, bien qu’étant à ma portée, restera inaccessible.

J’ai du présenter chaque invité à plusieurs reprises, leur raconter ce que je trouvais de remarquable dans chacun de ces parcours, faire le lien de manière plus évidente avec leurs préoccupations quotidiennes et finalement, les idées se frayent un chemin dans les esprits. Le petit miracle a lieu. Je repars vidée avec une liste de questions, des idées en vrac. Il ne me reste plus qu’à les mettre en ordre…

 

(Suite - séance suivante)

Atelier du 14 octobre.

Nouvelle tentative de questionnement avec le groupe à la demande du coordinateur pédagogique. La production du jour reste faible : une dizaine de questions supplémentaires émergent. Le silence à nouveau. Toujours cette résistance à vouloir éviter la confrontation avec soi-même. L’insistance a ses mérites, en l’occurrence celui de conduire à une clarification puisque la concertation avec les jeunes se produit enfin. Analyse à chaud. Les certitudes s’avèrent plus confortables. L’inconscience est l’apanage de la jeunesse : « Je ne suis pas assez jeune pour tout savoir. » écrivait James Matthew Barrie. Il faut déjà avoir engrangé des connaissances pour mesurer ce que l’on ignore, et plus on avance dans l’âge et le savoir, plus on en prend conscience et plus l’humilité apparaît. C’est vrai qu’ils sont jeunes et qu’il est impossible de leur demander de faire autrement !

La perspective d’une adaptation aux changements les effraie ? Comment cela ne durera pas ce que je vis ? Grandir, mûrir, vieillir, c’est assurément effrayant. La perspective d’évoluer, de se transformer ne fait pas encore partie de leur univers.

L’un d’eux assimile le questionnement à une séance de doutes de soi. Face à l’imminence  d’une séance d’angoisse, il se défend bec et ongle: « Tout à la force de la conviction personnelle », une philosophie du « on verra bien, on fonce !  Non pas de questions, surtout pas ! »

D’autres facettes à ces silences sont dévoilées. Un effet pernicieux de l’accompagnement réalisé par des collègues qui s’impliquent et se démènent pour eux, se révèle : « Je suis très content, j’ai un super coach qui se pose les questions à ma place. » L’avenir, pour être supportable doit être au moins la copie conforme du présent, « en moins pire », quant au « mieux », ils ne savent pas toujours à quoi cela peut ressembler.

D’autres ne se projettent pas du tout. Un jour après l’autre. Prisonniers du présent, enfermés farouchement dans leur bulle. Surfant sur la crête de l’instant, cliquant mentalement sur les possibilités qui se présentent à eux. La réalité se « virtualise ». Pas terrible la vie, les cours, l’ennui, l’indécision, la perte de désir… C’est sans doute les seules choses qui restent permanentes dans ce tourbillon d’instants qui se succèdent et qui s’imposent d’eux même à leur volonté.

D’autres enfin se réfugient derrière un discours formaté et ignorent l’usage de la question pour énoncer une suite d’objectifs vraisemblablement rabâchés par tous ceux qui les ont accompagnés dans leur parcours. Ce ne sont pas la grammaire ou la syntaxe qui font défaut, c’est simplement la forme interrogative qui est devenue impraticable.

Flottement. Les apparences s’écroulent. Leurs défenses sont percées. Ils ne peuvent qu’admettre qu’ils sont dans l’impasse s’ils ne parviennent plus à se poser la moindre question. Dernier sursaut de malaise : « A quoi cela sert tout cela ? De toute façon je ne serai pas là ce jour là. Ah, c’est filmé et je pourrais le voir sur Internet ! … » Nouveau silence.

Ordinairement, en tant que formateur, on se tait, on entre en résistance à leur résistance en sauvegardant les apparences, on reste en quête de nouvelles stratégies d’intéressement et de dynamisation. Tout deviendrait tellement plus facile s’ils s’impliquaient dans leur formation, s’ils étaient actifs et confiants. Aucun de ces jeunes ne soupçonnera jamais à quel point ils peuvent parfois décourager les meilleures volontés ! La solitude fait partie du métier. On pense alors « je prends du recul » et on continue cette quête car dans le fond, ces jeunes, on les aime en silence. Cà aussi, ils sont loin de s’en douter.

Par Jocelyne Barbas, formatrice - Publié dans : "Se construire, se reconstruire"
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Vendredi 19 septembre 2008




Journée Maurice Fombeure.

Bonneuil Matours le 22 juillet 2008










Quelques mots sur Maurice Fombeure


Maurice Fombeure est né en 1906 à Jardres, son père était maire de Bonneuil-Matours de juillet 1935 à novembre 1945. Il a perdu sa mère 13 jours après sa naissance, il a été accueilli par ses grands-parents  à Bonneuil-Matours.

Il  a reçu :

·
       
La légion d’honneur en 1960
·        Le prix de la poésie
·        Le prix de l’humour
·        Un grand prix littéraire en 1957


Il a reçu aussi un certificat de gymnastique.

Maurice Fombeure est décédé en 1981 et il a été inhumé à Bonneuil-matours.

Sur sa plaque funéraire  est inscrit : « Si tu voles autour de cette tombe chante lui ta plus belle chanson. »

Julien

 


Vous prendrez bien un petit vers ?

A partir d’une sélection de vers de Fombeure tirés au sort, des défis poétiques ont été organisés. Il s’agissait d’inventer le plus possible à partir d’un seul vers, puis d’en  incorporer un maximum dans une composition personnelle afin de partager les ivresses de la création sur les terres où vécut ce poète. La fantaisie, l’humour et la beauté des images ont été recherchées et évaluées. Après la lecture orale des textes écrits par leur auteur, le groupe a fait part de sa préférence aux compétiteurs engagés, deux à deux, dans ces challenges poétiques.


« Les mares, un œil, cil de roseaux perdu » M. Fombeure

Les mares, un œil, cil de roseaux perdu dans la forêt, qui se promène sur l’eau, mais en fait le cil n’était pas perdu mais juste coupé, il l’avait perdu sous le canapé, le poil avait glissé sous la lampe.

La mare était bleue  avec des serpents sous l’eau et on pouvait apercevoir dans le ciel un œil qui clignote, il essayait de nous faire passer  et ce message disait :

"Ne va pas dans cette mare il y a un trou qui aspire et tu risques de te retrouver dans un autre monde"

Julien


La rivière aux oies

La mère conduit ses petits à l’eau.
Ils sont quatre.
Ils sont tout blanc avec un bec jaune.
Ils sont contents d’aller nager.

David

 

« Les souvenirs frémissent dans ma boîte en fer blanc »

Mes souvenirs sont si importants à mes yeux quand j’ouvre ma boîte en fer blanc et que je vois les  photos de mon enfance en famille à la neige. Les sorties, le ski, les ballades tout est gravé dans ma mémoire pour toujours. Aussi, il y a mon secret qui brille dans toutes ces photos que je ne dévoilerai pour rien au monde.

Vanessa

 

Je transporte une flèche enfoncée dans mon cœur

Qui a percé mon amour au plus profond de moi.
Les souvenirs frémissent dans ma boîte en fer blanc
Mes émotions, mes joies, mes rencontres illuminent mon cœur percé
Entrer dans la nuit, des jours, des moments de bonheur
Souris bleues des neiges
Bleue comme la mer de l’océan et neige comme la couleur blanche d’un sommet de montagne.
Emmêler les sommeils
Démêler les sommeils qui sont prit au piège par des cauchemars horribles.
Etre né dans la rue
Etre pauvre et mal heureux dans corps. 

Je vous raconte les plus beaux souvenirs de ma vie : comment je suis arrivé sur terre. Ce fut entre deux longs voyages d’été et  hiver que là je décidai de venir au monde à une heure où tout est fermé même pas une feuille de bananier pour allonger ma chère maman mais un paysage de rêve qui fait croire qu’on est dans mon village avec les cris des corbeaux perchés sur des buissons à la tombée de la pleine lune. Et beau bébé que je suis, ma mère me dit lorsqu'elle me touche la tête que je fais des clins d’œil avec mes petites paupières. Il y avait toute une famille de serpents et autres reptiles qui rampaient tout autour et qui finit par rigoler en nous lisant un beau poème de Maurice Fombeure.

Serge Ndoumbe bona

 

 

Défi n°1

Poème de terre en robe des champs
Livre d’escargots pressés
Vers de carottes fondantes
Collection épinard
Edition du menu
Tome 4 de brebis
Recueil de fourmis
Dédicace de limace
Acte II scène 3
Rime à ongle
Cabane d’édition
Huma nu script


Défi poétique… manche 2 – La revanche

 

 

Défi n°2
J’aime le démentiel et le démesuré,
L’outrage et les hommages,
La folie jolie,
La sagesse tristesse,
L’humour décalé,
Les lettres et les pieds,
Alexandre un jour,
Poète où vas-tu ?
Vers laid tue
Qui suis-je ? 

Méli Mélo de vers : mélanger ceux de FOMBEURE avec les siens…

 

Défi n°3
Entrer dans la nuit des jours
Comme dans la légende,
Rêver son avenir
En un passé fleuri,
Un clin d’œil de paupière
En guise de poussière.
Cacophonie haletante d’enfer,
J’aime le démentiel et le démesuré,
Telle une gorgone
Les chevelures des serpents.
Souris bleues des neiges
Éternelles,
Virginité couvée comme un œuf,
J’ai mal à mon village.
Ardents
Les buissons dansent sous la lune
Farandoles et chansonnettes
Mais où sont les neiges d’antan ?

Les souvenirs frémissent dans la boîte en fer blanc,
Père à la mer
Et ma mère l’oie
Pour faire tomber les asticots
Des trente-six métiers, trente-six misères.
Pauvre Martin, pauvre misère
Tout et fermé sauf le paysage.

 À l’heure où les poissons chuchotent dans les blés,
La voix recueillie des fontaines
Roucoulent à l’office.
Vois le chêne qui se déplace, dans ses gros pantalons de bois,
Se soumet à l’astral et au plan cadastral.
Quelle est cette langueur qui habite mon cœur.

Anne-Laure


J’aime le démentiel et le démesuré

Lorsque les événements les plus curieux accélèrent la vie
A 3000 à l’heure, voir  un clair de terre et une éclipse de Neptune
Un château d’escargot royal dans le désert
Une paille en or pour y aspirer le sable et faire venir la mer
Déplacer les montagnes et semer des touristes dans le plein du mois d’août
Inverser le sens des pentes et l’orientation des virages
Foncer jusqu’à dépasser le temps, coiffer au poteau la vitesse de la lumière
Faire trois fois le tour de la galaxie en ski nautique intergalactique
A propulsion poétique, s’il vous plaît !
Envoyer au diable les signes de ponctuation
Pour insuffler de l’air dans le confiné
Mettre de l’huile sur le feu du centre de la terre
Faire pêter les volcans de colère
Dégeler les glaces du pôle à coups de fer à repasser
Le dimanche après-midi, quand tous les magasins sont fermés et que tu t’ennuis
Faire marcher la planche à billets en prévision de leur réouverture
Tant que c’est possible, tant que le temps dure
Jusqu’à la disparition des forêts sur notre terre
Jusqu’à inquiéter les petits hommes verts
Les martiens débarqueraient nous sauver
Connaissent rien à l’humour ces gens là !
Je leur ferai bien visiter une usine de fabrication des Smarties
Rien que pour leur faire croire que le génie humain a élaboré une nouvelle arme bactériologique, un truc aussi contagieux que le plaisir de manger du chocolat coloré
Un truc infernal qui fait soulever les côtes dans des soubresauts chaotiques
On croit manquer d’air
Mais qu’est-ce que c’est bien que d’apprendre à mourir de rire
C’est bien décidé.
J’aime le démentiel et le démesuré !

Jocelyne

Par Jocelyne Barbas, formatrice - Publié dans : Visite
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Jeudi 18 septembre 2008

28 juillet 2008

Quand parler de sa pratique revient à s’affranchir l’opacité des évidences !

 

Le 20 novembre 2008 aura lieu une manifestation sur le thème de « Se construire et se reconstruire » à L’école de la Deuxième Chance de Châtellerault. J’aurai l’occasion de présenter mon travail.

Il me semble évident que l’on se construit en écrivant. Pas vous ? A bien y regarder, nous sommes des êtres traversés et animés de mots. Notre conscience « parle en nous » continûment. Il est inenvisageable de s’affirmer ou d’être dans un bon état psychologique sans faire usage de la parole ou de l’écriture (l’écrit étant de la parole en conserve). Le langage, outil privilégié de la pensée et de son développement, est travaillé durant l’acte d’écrire. Ce n’est pas seulement la pâte des mots que l’on malaxe pour en tirer une phrase, mais c’est tout un vécu que l’on brasse avant que n’émerge à la surface de la conscience « les mots  justes » et les idées « personnelles ». Etre et communiquer vont de paire.

J’ai souvent eu cette envie d’écrire ma pratique d’avoir le temps d’explorer en détail les ressorts du désir de lire et d’écrire, de pointer les liens qui conduisent des causes aux effets et d’en saisir les mécanismes pour les réutiliser ; mais j’ai du me défaire de cette illusion. Chaque groupe est différent. Chaque personne possède une histoire singulière.

J’ai donc appris à me méfier des bienfaits de l’expérience qui modélise des situations et ferme dans le même mouvement à la nouveauté. Savoir et ignorer suscite chez moi curieusement la même peur de tomber dans les pièges de l’assurance. Vertu du doute : je m’efforce de privilégier l’écoute et l’adaptation. Simplement présente et réactive.

Durant des années, j’ai accumulé les préparations, les bilans effectués pour mes clients, rempli des caisses, déplacé ses caisses devenues embarrassantes. Voilà, le mot juste qui pointe le bout de son nez : J’étais embarrassée. Un encombrement moral qui m’a réduite à l’inertie. Il me manquait une occasion. Ce sera cette année. Le 20 novembre…

J’ai examiné ces préparations vidées de leur sens et de leurs intentions. Ces évaluations de surface, sans doute justifiées sur le moment, ne me servent à rien aujourd’hui pour étayer mon propos. La matière que je cherche m’est insaisissable. J’ai fini par jeter ces documents et faire un grand ménage.

Lorsque l’on est captif de l’action, la tendance est d’être obnubilée par le sommet visible de l’iceberg. Est-ce que cela a apporté quelque chose de visible, de tangible, d’évaluable ? Le client, les financeurs sont-t-ils satisfaits ? L’action et le contrat sont-ils reconduits ? Un concert de « Oui » essentiels car ils conditionnent la pérennité de mes activités professionnelles. Cette mise en danger permanente stimule bien évidemment ma vigilance et mes propres exigences personnelles. Ces urgences se transforment en quête personnelle de leviers, de trucs, d’accroches, d’idées qui font lire et écrire avec plaisir des personnes convaincues de l’inverse. De nombreux combats sont menés silencieusement dans le cadre d’un atelier.

 

Durant des mois, je me suis demandée par quel bout je pourrais commencer à dérouler le sujet. J’ai sélectionné des notes, des articles de presse, noté çà et là quelques citations, attendant que les choses se décantent et que la sédimentation du sujet s’opère dans mon esprit.

Puis les semaines se sont écoulées. J’ai fini par comprendre que je ne peux pas me « voir » pratiquer ce métier car, maintenant j’en suis sûre, on devient ce que l’on pense et ce que l’on fait. J’avais beau vouloir faire le tour de la question. Je m’y prenais exactement comme un chien qui tourne en rond en voulant attraper sa propre queue. J’en ris aujourd’hui car j’ai compris que je dois dépasser cet aveuglement d’avoir fait corps avec ma pratique. L’expérience est si intériorisée qu’elle agit comme une intuition. Un geste répété 1000 fois s’avère effectivement précis, réactif, adapté mais… non pensé. Cela nous semble si naturel que nous ne trouvons plus rien à en dire. Il faut bien l’avouer. Je suis un atelier d’écriture au quotidien. Une hyper-communicante. Je n’échappe pas à ce phénomène de la déformation professionnelle. Je ne communique principalement à travers des activités de création et de préférence par écrit, même en famille ! Exister, travailler, écrire sont devenus synonymes. Sympathiser, se traduit par « faire participer », etc.

 

L’obstacle identifié, j’ai pu rechercher des solutions et revenir à mon propos. J’interviens à l’Ecole de la Deuxième Chance de Châtellerault depuis janvier 2007. L’Ecole a intégré l’atelier d’écriture dans son cursus de formation. A ma connaissance, c’est inhabituel. Généralement à la marge, l’atelier d’écriture se limite à une action ponctuelle conduite par un écrivain ou un enseignant plus ou moins formé, visant à réaliser un projet. L’atelier d’écriture disparaît lorsque les écrits ont été diffusés. Dans la majeure partie des cas, les prescripteurs, pensant avoir épuisé les ressources de ce dispositif, explorent d’autres formes d’expression comme le théâtre, la poterie, le dessin, la musique, la vidéo. La dimension formative de l’atelier est rarement abordée et exploitée. C’est là que réside en partie l’originalité et l’inventivité de l’Ecole de la deuxième Chance.

La technicité de ce type d’atelier nécessite un certain nombre de conditions préalables qui sont réunis à l’école.

Je parlerai tout d’abord de la qualité des relations professionnelles avec l’équipe des formateurs et l’encadrement. Je bénéficie en effet de la bienveillance de tous, de leur coopération, de leur ouverture d’esprit et de leur confiance. Sans être ostentatoires, ces valeurs m’ont permis de m’intégrer facilement à l’équipe, en toute sérénité et de tisser des liens au fils des mois. Dans d’autres conditions, la perspective d’inscrire l’atelier d’écriture dans une routine formative sous la tutelle d’une hiérarchie m’aurait rapidement étouffée. J’ai besoin de liberté pour animer un atelier d’écriture et partager des élans créatifs. Jusqu’à présent aucun organisme de formation ne m’a proposé de telles conditions de travail. La transparence mutuelle générant la confiance, la complicité s’est installée naturellement.  L’équipe sait précisément quoi attendre d’un atelier et ce qu’il convient d’éviter. La structure a déjà fait l’expérience d’un atelier d’écriture qui n’avait pas produit l’effet escompté.

Ce qui est recherché prioritairement est  une reprise de confiance en soi des stagiaires qui leur permettra ensuite de mieux s’exprimer à l’oral et à l’écrit, de trouver du plaisir dans l’accomplissement de travaux variés. Bref d’inverser la logique de l’échec scolaire. L’écrit qui excluait devient un outil de réussite personnelle et d’épanouissement.

Il y a enfin la technicité de l’animation de l’atelier elle-même. Le résultat, loin d’être acquis, prend des allures de défi. Le public n’est pas sensibilisé au travail en atelier d’écriture, déteste écrire, recevoir des directives, rechigne à être actif et coopératif. Certains se montrent arrogants, provocateurs et agressifs, d’autres au contraire s’émerveillent et s’étonnent de se découvrir des talents.

Face à ces situations de blocage, toute l’équipe interagit. Chacun amenant sa pierre à l’édifice. Cette cohésion favorise les changements de comportement. C’est donc dans un cadre inédit et privilégié que j’interviens.

Afin de démarrer cette réflexion et rendre à nouveau ce regard possible sur cette expérience, je vais revenir à mon point de départ qui était la lecture d’ouvrages. J’y retrouve la réflexion, l’élan qui ont précédé les mises en œuvre de ces ateliers d’écriture et le fil conducteur de tout ce que je n’ai pas écrit durant tant d’années.

Chaque livre me tend son propre miroir. Autant de repères pour me retrouver et redessiner mon propre chemin.  Aussi, je vais procéder de la même manière que les jeunes de l’école et réaliser un petit cahier de lecture de quelques auteurs qui m’ont construite. Sans rechercher l’exhaustivité, je vous propose donc de visiter de l’intérieur des ouvrages clés de ma bibliothèque.

 

 

15 août 2008

« Freinétiquement » passionnée

L’impact de Célestin Freinet fut immense. Ses idées me renvoyèrent tout d’abord à l’expérience de  la lecture de Rose à Crédit d’Elsa Triolet. L’héroïne avait eu l’outrecuidance de vouloir échapper à sa condition pour s’élever dans l’échelle sociale. Si elle connut un temps le succès, sa jeunesse et sa beauté aidant, elle chuta ensuite encore plus bas que sa position d’origine et mourut précocement, dévorée par la misère et les rats. Elsa Triolet donne une vision des plus pessimistes de la société : l’équilibre social exigerait que les pauvres doivent le rester pour ne pas menacer les riches.

J’appris plus tard qu’elle était la compagne d’Aragon et quelle était la nature de leur engagement politique. Il existait donc une sorte de fatalité sociale. Les statistiques le prouvent : le citoyen s’élève rarement au-dessus de la classe sociale de ses parents. La probabilité de monter d’un cran dans l’échelle sociale reste infime. (Il me semble même que la situation se soit dégradée et que nos enfants se soient fait à l’idée de vivre moins confortablement que leurs parents.) Cette fatalité me révoltait. L’alternative était simple : subir ou agir. Il me fallait donc penser ma vie pour la construire autrement.

Dans l’inventaire de mes insatisfactions de mes quinze ans, figurent en bonne place les modèles parentaux. Mon père, entrepreneur de maçonnerie, s’enorgueillissait d’avoir réussi sa vie professionnelle, preuve à l’appui : la possession d’un patrimoine immobilier qui lui conférait indéniablement « une place au soleil ». Ma mère, femme au foyer frustrée de ne pas avoir de vie professionnelle, n’a cessé de rêver à une indépendance financière. Je me souviens de l’avoir vu s’entraîner à taper sur une machine à écrire en cachette. Elle suivait des cours par correspondance pour devenir secrétaire. Elle n’a eu que la satisfaction de passer son examen et d’être reçue. Elle a connu la joie immense de se sentir capable. Ce fut le seul geste d’émancipation que je lui connais. Mon père n’aurait pas supporté qu’elle travaille. Cela aurait représenté pour lui un affront, l’aveu public qu’il ne pouvait plus subvenir aux besoins de sa famille. Ma mère aurait ainsi porté atteinte à sa dignité d’homme. Elle vivait dans une forme d’enfermement fait d’habitudes et de mœurs de sa génération. La femme devait se contenter de s’épanouir dans l’ombre de son mari et s’en réjouir si elle voulait préserver son bonheur conjugal.

Je ne pouvais pas me projeter dans ce modèle féminin. La vacuité de cette existence ne pouvait pas me convenir. Il me semblait urgent de couper le lien avec les dépendances familiales, de casser les moules pour tracer ma propre route. C’est ce que je fis.

C’est sur ce terrain là que les idées de Freinet germèrent bien des années plus tard. Il m’a apporté des réponses précises. Mon intérêt naquit au hasard des rencontres. J’eus l’occasion de m’entretenir avec Jacques Mondolini, auteur du livre  Les enfants de Freinet, publié aux éditions Le Temps des Cerises. Cet écrivain avait fait une enquête auprès des anciens élèves de Célestin Freinet et de leur famille. Il en ressort que la grande majorité d’entre eux avaient réussi leurs études, leurs vies professionnelles et s’étaient élevés dans l’échelle sociale. L’ombre déprimante laissée par Elsa Triolet disparaissait d’un seul coup de mes horizons. Alors, c’est donc possible ! Et comment avait-il fait ce Célestin Freinet ?

 

Je m’engageais dans un véritable chantier de lectures. Je fis des découvertes. Il comparait la situation d’apprentissage de l’écriture et de la lecture à celle du vélo. L’enfant n’a nul besoin de connaître les lois de la mécanique et de sa gravité pour pédaler. Il suffit juste qu’une personne lui tienne la selle, lui fasse sentir comment trouver son équilibre et quel mouvement de jambes accomplir pour avancer.

Mais dans l’éducation scolaire, la théorie (savante et abondante) précède la pratique. Imaginez que l’on vous ait imposé des cours de mécanique poussée et de physique absconse avant que l’on vous permette de faire du vélo… Le constat de Freinet est que l’apprentissage du français, tel qu’il est conçu, fait obstruction à la pratique de la langue puisqu’il exige de l’élève la maîtrise des règles d’une abstraction remarquable et canalise l’écriture selon des formes prédéfinies (résumé, rédaction, exercices de français…) qui censurent l’expression personnelle.

 

« Il n’y a aucune relation entre la connaissance des règles de grammaire et la pratique correcte de la langue – comme il n’y a aucune relation entre la connaissance des règles mécaniques et de la maîtrise de l’équilibre à bicyclette. » La méthode naturelle d’apprentissage de la langue, Ed. Delachaux et Niestlé.

 

L’enfant sait déjà parler quand il arrive à l’école et ignore tout de la grammaire, des règles de la conjugaison. L’apprentissage de langue écrite explicite et organise ce savoir acquis en dehors des cadres ministériels et de l’école. Freinet inverse l’ordre des activités de formation afin de s’adapter aux mécanismes naturels d’apprentissage : il faut faire d’abord pour comprendre et assimiler les connaissances nouvelles. L’erreur fait partie de l’apprentissage. Elle marque une étape. Une rature est une idée qui progresse, pas un objet de honte. Piaget, cet éminent pédagogue, a expliqué longuement ce processus d’essais, d’erreurs, de rectifications et réajustements jusqu’à l’intégration et la maîtrise d’une nouvelle compétence (pour les puristes je fais allusion à l’approche constructiviste et sociocontructiviste de Piaget). 

 

« Tous les progrès, non seulement des enfants et des hommes mais aussi des animaux se font par le processus universel du tâtonnement expérimental. » Ibidem.

 

Cette intolérance à l’erreur (impact des notes) ajoutée à cette exigence de perfection immédiate (orthographe irréprochable, clarté d’esprit, culture générale) participent à cette haine originelle de la chose écrite. L’objectif fixé est inaccessible. Qui peut se targuer d’écrire sans faute avec brio dans un premier jet comme il est demandé aux élèves lors d’un d’examen ? Même les plus grands correcteurs laissent passer des erreurs chez Gallimard. La langue française nous apprend l’humilité. A n’en pas douter, c’est une grande dame qui ne se laisse pas facilement dominer !

 

Que pensez du discours jargonneur de l’Education nationale ? Les textes officiels sont truffés de surprises. Savez-vous ce qu’est un « référentiel bondissant » ? Un ballon ! Il existe de très bons livres sur ces extravagances langagières, ces célèbres « perles ».

J’avoue m’approvisionner en exemples dans les publications universitaires afin de bâtir mes formations sur la lisibilité. Cela me permet de prendre des raccourcis en montrant ce qu’il ne faut pas faire et de décomplexer les stagiaires. Un petit exemple, juste pour le plaisir. Désolée, je ne peux pas résister.

Voici deux phrases d’une experte en littérature de l’Ecole Normale Supérieure qui définit le recueil de textes comme un genre à part entière. Que cette brave dame me pardonne, j’ai apprécié sa réflexion mais la compréhension de son texte m’a demandé bien des efforts.

« Le recueil se définit alors comme ce mouvement des textes à l’œuvre qu’évoque le titre et l’intratextualité devient le concept même qui fonde sa poétique. On retrouve ici une réticence persistante vis-à-vis de tout recours à la notion d’auteur pour fonder l’unité du recueil, au nom du caractère douteux d’une intentionnalité en pratique impossible à cerner. »

Elle aurait pu écrire que « si l’auteur organise l’écriture des textes de son recueil en fonction de son titre, les lecteurs établissent divers liens entre ceux-ci. Ils outrepassent ainsi les intentions de l’auteur ; ce qui leur procurent un nouveau niveau de lecture et une liberté supplémentaire. »

Faire usage du jargon professionnel exprime sans doute le désir d’appartenance à une caste et non une volonté d’être compris par des lecteurs. Qui pourrait lui reprocher de vouloir être reconnue par ses pairs et de se sentir sécurisée dans son milieu professionnel ?

J’ignore quel lien fait cette dame avec la notion d’auteur et la lecture. J’avoue ne pas saisir cette fameuse « résistance persistante de tout recours à la notion d’auteur» (qui doit s’opposer sans doute à une résistance éphémère, discontinue ou aléatoire, mais qui résiste au juste et pourquoi ?). Cette surabondance de nuances et de pondérations a de quoi laisser perplexe. L’auteur est ou n’est pas. On résiste ou on ne résiste pas. Les états intermédiaires sont inconcevables. L’unité du recueil est créée par l’auteur même en présence de lecteurs créatifs, intelligents et tellement cultivés. Hé oui, madame, en son temps Montaigne soulignait que « La parole appartient moitié à celui qui parle, moitié à celui qui écoute. », on pourrait sans doute l’étendre à la lecture, partager les mérites au lieu de tirer la couverture à soi. La simplicité et le savoir institutionnalisé ne font pas bon ménage ! Ajoutons des querelles de pouvoir et rien ne va plus. C’est ce que je voulais démontrer…

Mais…

Mais ne me faîtes pas dire ce que je n’ai pas dit. J’ai parlé du cadre institutionnel et non des enseignants. Ils ne bénéficient pas des mêmes libertés, ni de la même considération que moi. Je compte parmi mes amis des professeurs militants, animés par de belles convictions professionnelles, qui avaient la vocation mais qui ont du renoncer faute d’avoir été compris et encouragés. Ils ont résisté quelques temps « au système » avant que leur résistance ne devienne effectivement intermittente et ponctuelle ! La démobilisation est rapide. Combien de dépressions dans le corps enseignant ? Quel gâchis ! Que de souffrances humaines ! Que de scolarités compromises !

Vous avez bien senti la dimension politique de la formation et les enjeux humains. C’est précisément à quoi s’est frotté Célestin Freinet en son temps, le vilain petit canard rejeté par une administration conservatrice et outragée.

Voici ce qu’il écrivait : « L’école est l’ennemie du tâtonnement. Elle est trop orgueilleuse de posséder la science, la connaissance et les techniques qu’elle croit éprouver. C’est en partant de cette perfection supposée qu’elle prétend construire (…) en méconnaissant ce besoin de l’être de monter sans cesse et de croître, l’école s’est privée arbitrairement du plus puissant des moteurs humains. (…) Le langage est le plus merveilleux des outils, par un processus accéléré il permet à chaque individu d’édifier sa propre personnalité avec un maximum de dignité et de puissance. »  

 

Célestin Freinet a instauré la pratique d’un journal scolaire. L’expérience étant, selon lui, un « crochet » pour fixer la connaissance. Ses élèves ont pu s’exprimer, faire des enquêtes dans leur environnement, être en contact « avec la vraie vie », avoir des lecteurs, réfléchir à leurs apprentissages. Voici donc un brillant exemple d’atelier d’écriture intégré à un cursus de formation. J’ai vu dans les consignes d’écriture les vertus des coups de pédales de bicyclette à Freinet et dans le projet de l’atelier la poussée nécessaire pour ouvrir les horizons.

 

Durant ces années écoulées, je n’ai pas cessé de prendre la mesure de la portée des affirmations de Freinet.

L’apprentissage (castrateur) de notre langue maternelle génère des besoins d’autorisations morales. Les participants d’un atelier d’écriture découvrent que l’on peut écrire comme cela vient, dans le désordre des idées qui surgissent, en faisant des fautes que l’on pourra corriger plus tard, de s’impliquer dans l’écriture, d’être spontané à l’écrit comme on peut l’être à l’oral. Ces besoins d’autorisation sont si vifs qu’ils se traduisent parfois par de la culpabilité. On peut la reconnaître à travers un sentiment d’imposture. Je n’en ai pas fait l’économie. Il a fallu que je publie plusieurs ouvrages avant d’oser indiquer sur ma carte de visite le mot « écrivain », d’être désinhibée, d’oser, de me donner l’autorisation et les moyens de concrétiser ce qui me tenait à cœur.

Les générations qui m’ont succédée ont été plus rebelles. Avec l’avènement des téléphones portables et de l’Internet, les jeunes se sont réappropriés l’écrit en inventant leur propre langue : sms, mail, chat, blog, langage des cités, traduction phonétique, expressions jeun’s. Leurs aînés ont du se contenter de l’argot et des réprimandes familiales lorsqu’ils explosaient la facture téléphonique !

 

En adoptant une approche concrète et participative de l’apprentissage de la langue, Freinet a démontré que l’expérience était le socle de tout apprentissage. Et j’ai constaté que l’imprégnation linguistique est l’un des principaux processus d’intégration d’un savoir parler, lire, écrire, être en société. En s’ouvrant au monde extérieur, la personne imite des comportements, expérimente des méthodes afin s’intégrer  à son environnement. Ces apprentissages sont directement liés à la communication sociale et à l’affectivité. Tout se passe dans l’action, propulsé par la nécessité de s’exprimer pour exister et marquer son appartenance à ce groupe afin d’affirmer son identité et satisfaire à des besoins d’appartenance et de reconnaissance.

L’imprégnation est un mode d’apprentissage particulièrement intégré chez les jeunes. Regardez-les comment ils apprennent à se servir des logiciels. Ils pianotent, découvrent de manière intuitive des fonctionnalités. Il ne leur viendrait pas à l’idée d’ouvrir un manuel d’informatique. Je privilégie donc ce mode d’apprentissage : on apprend à écrire en écrivant.

Je dois à Freinet la nécessité de faire procéder à des choix conscients, ingrédients nécessaires au plaisir et à la motivation. Mes consignes d’écriture sont particulièrement ouvertes et proposent simultanément plusieurs pistes d’écriture. Je n’ai pas d’attente de contenu particulière mais j’insiste pour que chacun agisse et expérimente des possibilités d’expression. Et j’ai pu en effet constater que « Ce n'est que par la libre expression que plaisir d'écrire et art d'écrire finisse par se confondre ».

La libre expression ne va pas de soi. Elle nécessite que les participants s’approprient l’écrit comme étant un moyen d’expression personnel, explorent les craintes du dévoilement et de l’impudeur avant de se repositionner dans une situation de communication en acceptant que leurs écrits soient lus, à chaud dans l’atelier puis diffusé en dehors des séances. Cette restauration de la communication nécessite d’instaurer une dynamique de groupe particulière. Je reviendrais sur ce point ultérieurement.

 

Célestin Freinet avait remarqué que la parole et l’écriture intensifient le sentiment d’existence : « Lorsque nous pouvons nous raconter, nos joies grandissent et nos souffrances s'atténuent ». J’ajouterais aussi le regard, l’attention de l’autre nous font exister. L’observation montre que l’écriture agit comme un activateur de vie intérieure. Elle fortifie l’être dans la construction de sa personnalité, entretien et affine ses capacités de réflexion, de mémorisation et de création. En animant des ateliers d’écriture, j’ai contribué à cette dynamisation en fournissant à la demande des outils, des encouragements, des désirs et espéré que ces éveils se produisent et se poursuivent en dehors des séances.

 

J’ai tellement adhéré aux idées de Freinet que je me suis rendue compte que je lui étais restée particulièrement fidèle. En fouillant dans mes notes de lecture, je me suis arrêtée à une copie d’article paru en juin 1996, Le Monde de l’Education titrait « Freinetiquement , une pratique fondée sur l’échange et la communication ». Cette culture de l’intériorité partagée est le point de départ de ma pratique.

J’ai souvent pratiqué cette intériorisation si brillamment décrite par Freinet : « Réapprenez à vos enfants à rester attentifs aux subtilités de la création qui ont nourri leurs premières sensations au monde. Réhabituez-les à regarder en eux, à écouter les yeux fermés le bruissement des aiguilles de pin qu’agite le vent, le choc régulier des gouttes de pluie tombant dans la mare, cet aboiement fugitif nostalgique et même, pourquoi pas le battement du cœur sous la main attentive. Entraînez-les à s’analyser, c’est-à-dire à suivre l’écho proche ou lointain de leurs pensées et de leurs rêves. Vous exhumerez alors de vraies richesses, celles qui sont à la source même de l’émotion personnelle, exceptionnelle. »

J’y ai trouvé la source de ma propre écriture.

Par Jocelyne Barbas, formatrice
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Mercredi 23 juillet 2008

19 juillet


De l’usage du carnet intime en formation

 

L’apprentissage de l’écrit symbolise à lui tout seul la formation scolaire. Il est banal d’entendre : « Je ne sais pas très bien écrire car je n’ai pas été longtemps à l’école. » Dans l’inconscient collectif, l’écrit définit l’élévation sociale et culturelle des personnes. Il suppose toujours une exigence. Il faut savoir rédiger et réaliser des prouesses intellectuelles pour s’en sortir à l’école. Ecrire, penser, être brillant. Tout va de pair. Cette symbolique pèse de tout son poids dès lors qu’une remise à niveau en français est engagée ou que l’on participe à un atelier d’écriture.

 

Dans la majorité des cas, les stagiaires de l’Ecole de la Deuxième Chance sont en situation délicate avec la langue écrite. Chaque faute devient un miroir grossissant de leurs échecs passés. Ils portent le poids de « la faute ». Ce mot contient toute la culpabilité de ne pas avoir réussi à l’école. Tout l’art des ateliers d’écriture est de travailler en profondeur et discrètement cette situation initiale d’échec.

 

Que fut l’écrit ? Une discipline intellectuelle sélective et rébarbative. Que propose les ateliers d’écriture ? De redonner à l’écrit son usage premier, c’est-à-dire d’être un outil de communication à travers lequel la personne peut (enfin) se saisir du langage comme d’un moyen d’expression personnelle et pratiquer les arts de l’écrit. 

L’atelier d’écriture se démarque du cours de français traditionnel par, certes son contenu, mais surtout, par sa stratégie pédagogique. On pourrait concevoir des ateliers d’écriture qui traiteraient de la grammaire, de l’orthographe. L’approche serait ludique et inventive et placerait les stagiaires au centre de leurs apprentissages. 

 

Cet autre cheminement n’est pas exempt d’obstacles. L’invitation à parler de soi dérange les stagiaires : « Non, Madame, c’est personnel et c’est intime…».  Tout est prétexte pour ne pas écrire. Ce refus est le dernier rempart derrière lequel se bousculent les complexes et les inhibitions : « Je ne suis pas assez intéressant », « Je n’ai rien à dire », « On ne m’a jamais posé ce genre de question », « C’est trop dur d’écrire », « Si je parle de ce que j’ai vécu, je vais être mal jugé, ils vont se moquer de moi… »,

 

Et lorsque enfin, à force de réassurances et de sourires, ils acceptent, les stagiaires ne mesurent pas quelle est la bonne distance relationnelle à adopter et ont tendance à tout dire, comme si, je leur avais demandé d’oublier  leur pudeur. Parler de soi, ce n’est pas perdre le contrôle mais bien décider ce qu’il convient de dévoiler ou de taire.

 

Cette incompréhension et la peur du regard de l’autre nous ont incité à leur proposer d’explorer la voie du carnet intime. Redonner la liberté à leur expression, leur laisser le choix de l’usage de cette écriture nous a semblé être un préalable intéressant à cette accession libre et heureuse aux textes de création.

 

Ce carnet représente un espace de décompression entre eux et la réalité, un espace secret de réflexion, de défoulement, un rendez-vous avec eux-même. Cet outil peut tenir d’autres rôles : s’organiser, analyser ses priorités, noter des progrès accomplis, des observations, des réactions, décharger sans risques ses émotions, raconter ses moments de bonheur, narrer les événements importants de la journée, exprimer ses rêves, ses cauchemars, ses incompréhensions...

 

Afin de détailler largement les possibles usages de ce type de carnet, je me suis référée à l’un des spécialistes du genre : Philippe Lejeune.

 

« A quoi peut servir un journal ?

 

-         A s’exprimer : on lui dit ce qu’on ne dit à personne ; il est un confident patient et discret ; on se décharge sur lui du poids des émotions… 

-         A réfléchir : il permet de s’examiner à loisir, sur le moment ou par la relecture, de délibérer sur les choix à faire, les conduites à tenir… 

-         A garder mémoire : grâce au journal on garde trace de sa vie, on enregistre son sillage, on échappera plus tard aux déformations de la mémoire. 

-         A écrire : c’est un plaisir ; on écrit souvent sur d’autres cahiers ou dans le journal même, des poèmes, des pensées, des histoires… ; le journal est un atelier d’écriture… »

 

Un journal à soi ou la passion des journaux intimes, Philippe Lejeune et Catherine Bogaert.

 

Cette classification ne rend pas compte de l’extrême diversité des formes et des usages de ce journal intime. Il peut se présenter de bien des manières : feuilles volantes, carnet, livre blanc, cahier mais aussi blog, correspondance,  e-mails, carnet de voyage… Quant à l’usage de l’écrit lui-même, autant vouloir délimiter l’univers infini de la pensée humaine et de ses effets…

 

Quelques exemples pour le plaisir de la démonstration :

-         s’occuper de soi

-         structurer sa pensée

-         se remémorer des événements

-         analyser son passé, faire des liens entre les causes et les conséquences

-         se fixer des objectifs et évaluer leur degré de réalisation dans des bilans secrets

-         examiner sa conscience

-         fixer des événements avec en prime la marque de sa sensibilité du moment

-         se relire pour mieux se connaître

-         résister aux épreuves, survivre

-         apprivoiser des sentiments violents : la peur, la colère, la honte…

-         prendre le contrôle de soi en gérant ses émotions

-         positiver

-         s’entraîner à réfléchir

-         développer sa mémoire

-         analyser ses pratiques professionnelles

-         penser sa vie pour la vivre plus intensément, etc. 

 

 

Philippe Lejeune a analysé une multitude d’écrits intimes. Ces pratiques relèvent d’une activité intérieure, d’une pratique régulière et consciente.

 

« Si j’écris ces pensées ce n’est pas pour les semer dans le public, c’est parce que mon cerveau à besoin de se décharger. » Antoine Métral, avocat grenoblois, extrait de son journal, 1913.

 

Le seul dévoilement et la gène qui s’en suit appartient à la pudeur, un sentiment certes personnel. Mais de là à y voir un acte d’intimité… On peut parler d’inexpérience à s’exprimer, de maladresse si le contexte et l’interlocuteur ne sont pas disposés à recueillir ces propos, mais pas d’un droit à l’intimité verbale  en formation.

Toutes expériences humaines peuvent se transmettre. Il n’existe pas de honte naturelle à communiquer, seulement une censure personnelle. L’impudeur des sentiments a fait le roman depuis des siècles, sans elle, point de littérature. L’intimité dans un atelier d’écriture appartient aux légendes des débutants. Préférons alors l’expérience de la réserve, de la distance mesurée, de l’apprivoisement de l’intérêt d’autrui et du respect de sa sensibilité, de l’apprentissage de l’audace et de l’authenticité.

 

Je n’ai pas pour habitude de brusquer les stagiaires dans leurs convictions. Seules leurs propres expériences peuvent générer des transformations attendues. Ainsi, ce carnet intime reste secret. Je me contente juste de savoir s’ils l’utilisent ou non. Durant plusieurs mois, rien n’a filtré. Puis un jour, en quittant le centre de formation, entre deux portes, l’un des stagiaires m’a réclamé des carnets pour les nouveaux et aussi, pour « les anciens », parce que certains avaient terminé le leur.

 

J’avoue avec été surprise de constater que ces carnets avaient servi aussi à noter « des choses importantes de la formation ». Le format incite à cette « conservation pour soi ». D’autres avaient raconté des cauchemars, des histoires… Et je n’en sais pas plus.

 

Cette liberté d’apprendre par soi-même est rarement saisie par les stagiaires. J’avoue avoir pensé qu’ils ne l’utiliseraient pas, que c’était trop leur demander. Etre formateur, c’est négocier chacun de leur effort, le justifier avant d’être entrepris. Bref de les motiver, en y mettant toute son énergie. Je ne me prononcerais pas pour tous les stagiaires mais, pour ceux qui l’on effectivement utilisé, ils en ont retiré des bénéfices importants. Plus épanouis, ils se sont ouverts aux autres.

 

L’instauration du carnet intime en formation fut pour moi l’apprentissage d’une confiance… éveillée !

 

Cette expérience, relatée de manière anecdotique, explique aussi à quel point un atelier d’écriture enrichit la vie intérieure des participants et dynamise les êtres. Nous sommes bien en présence d’une pratique des arts de l’écrit. Un enseignement qui se situe à la marge des apprentissages officiels et qui pourtant reste essentiel.  A l’appui de ce constat, j’ajoute le point de vue de Philippe Lejeune sur l’usage du journal intime en formation :

 

« Tenir un journal nous semble aujourd’hui aussi « naturel » que respirer. Est-il vraiment besoin d’enseigner à le faire ? Ce livre aura montré au contraire, nous l’espérons, à quel point le journal est culturel, et matière à formation. La société exerce une pression pour que chaqu’un prenne en main son propre contrôle : le journal fait partie des procédés de régulation (…) .

Le journal en atelier d’écriture ? Pourquoi pas ? Il y a toujours profit à s’exercer, à pratiquer des modèles, à sortir de sa routine, à se confronter à ce qu’écrivent les autres. »

 

Un journal à soi

Philippe Lejeune et Catherine Bogaert, Ed. Textuel.


 

Par Jocelyne Barbas, formatrice - Publié dans : Journal de l'animatrice
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Mardi 15 avril 2008

Se construire en écrivant


                                                                    Esher 

Le langage possède ce pouvoir de structurer la pensée mais aussi les émotions, les sentiments, le passé bref toute une personnalité. Je ne sais pas quel est celui qui travaille le plus l’autre : le stagiaire qui s’exerce à écrire ou les mots qu’ils utilisent et le façonnent ? 

Une si légère attirance pour la poésie

Le premier contact avec la poésie m’avait laissée dubitative sur l’attirance réelle des stagiaires pour la poésie. La consigne demeurait proche d’eux. L’exigence d’écriture restait faible en longueur et en efforts demandés. Je photocopiais donc plus de textes sur une même page et je me limitais à ne présenter que deux poèmes. Les stagiaires ont eu la curiosité d’aller lire les autres en oubliant les restrictions de ma proposition. Leur indiscipline m’encouragea à poursuivre.

 

Extraits 


LA POESIE
 


Quelle galère la poésie ! Quand on commence le début du poème
C’est tout un problème

Que c’est marrant
Un poème qui met ses rimes en avant 

Pauvres personnes qui s’intéressent au poème
Il y a la preuve
Au fond des mémoires 

Soyez submergés par vos émotions
Poème romantique et fantastique


Vanessa


Réutiliser une structure facilite l’organisation de sa propre pensée et la clarifie. L’écriture demande moins d’efforts. Les résultats étonnent généralement les stagiaires.
 

 

L’histoire en « ette »
Sur la mer des tempêtes, je navigue à bord de ma vedette
A la recherche de ma conquête qui se trouve dans une ville appelée Rouquillette
J’arrive au bord des portes ouvertes toujours à la recherche de ma conquête
Je vais au parking prendre ma voiturette.
Pour aller encore à la recherche de ma conquête et je finis par la trouver en discothèque. 


(Sur un vers de O lune, sur la mer des tempêtes & rimes en ette – Citron vert Odile Caradec)

Romain Couillaud
 



Mots inconnus :
Et soudain l’ai brandi 


Mots que j’aime:
- Pour réveiller les morts à grands coups de trompette
- J’ai dorloté les cordes d’un violoncelle
- J’ai appris à me servir de mes dents
- J’ai appris à me servir de mes ongles


Romain Couillaud

(Un peu de musique – Citron Vert – Odile Caradec)

 

Un peu de musique
J’ai appris à me servir de mes mains
Avec j’ai attrapé mon premier biberon
J’ai appris à me mettre debout
J’ai appris à me servir de mes jambes
J’ai appris à faire mes premiers pas
J’ai appris à ouvrir ma boîte de jouets


Romain Couillaud

Dans l’élan du premier vers du poème d’Odile Caradec

 (Un peu de musique – Citron Vert – Odile Caradec)

 

 

UN PEU DE MUSIQUE 

J’ai appris à me servir de mes mains
J’ai appris à me servir de mes doigts
Avec j’ai fabriqué des vêtements
Allumer des cigarettes
Ouvert la fenêtre pour observer le ciel
Finissant des poèmes


Blandine

 

J’ai dorloté les cordes de ton cœur
Pour que tu ne te sentes plus seule
Afin que s’envole tout ton malheur
Texte incomplet


Laurence

Clair-obscur Odile Caradec (Prolonger le texte de l’auteur pour produire un récit)

 

Ombre mystérieuse !
On ne voit que son ombre
Et un cercle très légèrement lumineux
Ce qui nous permet de voir quelques formes
L’ombre s’approche ! De plus en plus !
Mais plus elle s’approche et moins on arrive à la distinguer
Et quand elle arrive tout près de nous, plus rien.
Mais ou est passé cette ombre mystérieuse ?


Aline

 

CLAIR-OBSCUR 

Elle emmène son homme
Comme une étoile filante
On ne voit que son visage
Et un sourire très charmant
On distingue l’amour entre eux
Et leurs joies 


Blandine

 

Les arbres à nuages

Dans la forêt du poème, le feuillage des arbres est fait de nuages où des livres y poussent. De temps en temps, le promeneur au petit bec y inscrit des poèmes qui viennent du ciel, pour que chaque mot aille toucher les racines et ravive l’arbre. Quelque fois une femme vient pour cueillir des livres et se repose au pied des arbres en lisant les poèmes et en écoutant les bruits de l’oiseau en train d’inscrire d’autres poèmes.


Aline

(Inventer son propre procédé d’écriture) 


Dans la forêt de nuages un homme et une femme se promènent. La femme avait un livre de poèmes et l’homme avait des plumes aux oreilles. Il avait tous les deux un bec d’une blancheur incroyable. La femme criait des poèmes de Victor Hugo. L’homme volait avec ses oreilles et d’un seul coup l’homme tomba sur la femme parce qu’elle l’avait déconcentré avec sa voix perçante. Ils apprirent à se connaître. La femme lui dit qu’elle est écrivain. L’homme lui dit qu’il est un homme de cirque et même l’attraction numéro un. Et voila un coup de foudre à la manière des anges de la forêt de nuages.


Lydie

 

 
DANSEUSE ETOILE
 

Dans un grand ciel bleu
Où la nuit tombe
Plein de petites étoiles
Apparaissent gracieusement
En réalisant une danseuse 

Au fond de moi
Je me rendais compte que je rêvais
Je n’y croyais pas
De voir tout ce qui se passait
Je lève ma tête vers le ciel
Je réalise que mon vœu est exhaussé.

 Je veux vous dire
Depuis mon enfance
Ma passion est la danse
Et que je serai contente de devenir
Une DANSEUSE ETOILE.



Vanessa
 



En savoir plus sur Odile Caradec
 

Poétesse, secrète et discrète, elle attend de recevoir le prix Charles Vildrac en 1996 et ses soixante dix ans révolus avant de dire à ses proches qu’elle écrit de la poésie. Atteinte d’une profonde modestie, elle se cache jusque dans les profondeurs de son être pour y puiser son inspiration. Le secret étant l’une « des conditions de l’apparition de l’art. ». Selon Jean Rousselot, « Elle est l’une des rares femmes à pratiquer l’humour en poésie. ». Robert Sabatier parle de son « humour d’un noir de jais enchâssé dans une belle élégance d’écriture », Vahé Godel évoque son « lyrisme grinçant, corrosif et dru ». Elle publie à partir de 40 ans et compte près de 20 recueils dont certains sont bilingues (français-allemand). Ses poèmes figurent dans de nombreuses anthologies dont La poésie du XXe siècle de Robert Sabatier, L’érotisme dans la poésie féminine Ed. Pauvert. Née à Brest en 1925, elle exerce comme documentaliste pendant de longues années au Lycée Camille Guérin de Poitiers, puis se consacre à l’écriture et au violoncelle.  


Travaux des stagiaires:

 
 
Par Jocelyne Barbas, formatrice - Publié dans : Journal de l'animatrice
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Mardi 15 avril 2008

Débuter en poésie avec Odile Caradec

 
5 avril 2008


La poésie comme un déniaisement


La dernière fois que j’ai vu Odile Caradec, c’était au salon du livre de Poitiers, le 1er décembre 2007. J’avais jeté un œil dans l'un de ses recueils juste paru. Le premier vers lu au hasard m’avait coupé le souffle. Elle écrit : « Je suis née dans le brasier vaginal ». Je ne pense pas que j’aurais eu l’audace d’écrire un tel vers et encore moins d’imaginer le plaisir que ma mère a ressenti aux premières secondes de ma conception. Je lui en ai fait la remarque. Odile
, une petite dame aux cheveux blancs, fort respectable, trotte-menue, 83 ans, m’a semblé encore plus indignée que moi « M’enfin !  Mais d’où crois-tu que l’on vienne ? ».  


C’est évident ! Du brasier vaginal de notre mère.


Je ne me voyais pas lire à haute voix un tel poème aux stagiaires de l’école. J’imaginais leurs questions avec une certaine anxiété : « Hé moi, madame, vous pensez que c’était un vrai brasier vaginal ou un feu de paille ? Alors, les femmes peuvent faire des étincelles ? C’est de là que vient l’expression faire un pompier ? C’est pour cela que l’on parle des Feux de l’amour ? »


Comment leur faire comprendre que nous sommes dès notre première seconde de vie des êtres de désir avant d’être de chair ? Que la vie elle-même naît du désir ? Que la poésie élève l’esprit au-dessus des mots. Où pourrais-je dénicher une telle échelle magique ? 
 


Musicienne dans l’âme, Odile aime donner des coups d’archets stridents sur son violoncelle pour réveiller nos consciences assoupies. Les siens sont si soudains et violents qu’elle réveillerait les esprits des morts. Elle écrit comme elle interprète du Jean-Sébastien Bach. Entière, lumineuse, féminine et très fière de l’être ; inspirée par la fraîcheur d’un matin ensoleillé d’un printemps qui n’en finit plus.


C’est ce mot « vaginal » qui me heurte. Les femmes s’affirment rarement en parlant de leur sexe. La véritable égalité entre homme et femme surviendra quand la femme s’autorisera à se vanter du sien, de ses dimensions et de sa vigueur. Odile est en avance sur son temps. Vaginal ! Coup d’archet. C’est vrai qu’il sonne mal, ce mot. Il m’inspire la dissimulation et le secret. Odile, fais-comme si je n’avais jamais rougi…

 

Sélectionner des poèmes


Afin d’arpéger ses poèmes, j’ai passé tout un après-midi à la médiathèque François Mitterrand
de Poitiers. Censure ? Non ! Sélection en fonction  de l’accessibilité au langage poétique… 
J’ai lu ses recueils avant de les emprunter. Empruntée, je l’étais un peu moi-même. Parce que je la connais. Parce que j’ai des sentiments pour elle. Parce que je sais qu’elle m’apprécie. Parce qu’elle fait partie de moi. Parce que c’est un honneur que d’aborder la poésie au travers de son oeuvre. J’ai relu ses textes en ressentant ses élans, ses tentatives littéraires, ses coups d’éclats, d’audace, de bravoure. J’ai lu. Tout lu. Puis, instinctivement, j’ai choisi des textes. Je les ai classés ensuite de manière à aménager une entrée possible dans l’écriture de la poésie.  

Au commencement de nous-même, on nous attribue un nom. J’ai donc choisi un poème qui parle de son nom.

 

« On m’a permis de m’appeler Odile
   De commencer mon nom par un grand O vide
  Qu’aurais-je mis dedans sinon des cerceaux ?et des ronds de chapeaux ?       (…) »

   Extrait du poème Citron rouge, Ed. Le Dé Bleu

 

J’ai sélectionné également un poème critique sur la poésie qui induit la contestation et donc la liberté de parole.

 

« Quell’ rase la poésie
   quand on essaie d’ouvrir la boîte du poème
   c’est un borborygme (…) » 


Je me suis limitée à ces deux textes afin d’examiner en détail leurs réactions. J’ai veillé aussi à ce que les stagiaires conservent un choix dans l’utilisation des consignes d’écriture. Ils peuvent en effet exploiter l’une des sept possibilités d’écriture de l’atelier multipliée par deux textes soit quatorze propositions simultanées. Même s’ils ne prennent pas le temps de percevoir l’intégralité des potentialités de ces propositions, cette capacité de choix et donc de décision leur permet de s’exercer à la liberté personnelle et ainsi d’accéder à une expression orale et écrite qui leur est propre.

Le pouvoir de saisissement de la consigne (stimulation à l’écriture) a été dosé selon les capacités du public. Il n’était pas question de les déstabiliser encore plus qu’ils ne l’étaient déjà en créant des effets de surprise. Ecrire de la poésie suffit amplement à les troubler.

 

Plus tard


Enfonçons quelques clous !
 


Le choix : une bouée de sauvetage pour construire son autonomie


J’aimerais insister sur l’importance du choix et de ses vertus éducatives. La consigne d’écriture n’a rien à voir avec un exercice qui contraint la volonté. Comme
je l’ai précisé précédemment, il n’est pas question d’exercer un pouvoir sur l’autre mais de l’aider à se trouver et à se construire en lui indiquant des possibilités, en l’accompagnant dans un cheminement conscient, actif et productif. L’effacement du formateur aménage des espaces d’évolutions supplémentaires pour les stagiaires. Ce choix est la clé de la motivation. Il n’y a pas de plaisir sans liberté.  

A ce sujet, j’ai récemment rencontré une bénévole qui intervient à l’association l’ACLEF à Châtellerault (lutte contre l’illettrisme) et qui s’évertue à « se faire pardonner de savoir auprès de ses apprenants ». Je me suis reconnue en elle. Il me semble que l’adoption de cette position formative soit la plus saine qui soit. Se mettre à la portée de l’autre signifie que l’on accepter de le considérer de manière égalitaire et respectueuse. Les stagiaires ne sont pas des faire-valoir.

 
Le rôle de l’intelligence émotionnelle dans l’apprentissage de la langue


Ecrire relève d’un processus particulièrement complexe. Il ne saurait être réduit à de la virtuosité intellectuelle pure, c’est à dire, expurgé d’affects, comme peut l’être un exercice scolaire. Française Dolto, la célèbre psychanalyste, affirme que nous sommes des êtres de langage. Il nous construit, nous fournit des outils pour exercer la majeure partie de nos activités mentales, régule notre équilibre psychologique, forge notre identité. Ecrire peut se décliner en une multitude d’activités : penser, rêver, s’organiser, s’affirmer, aimer, imaginer, s’exprimer… Nous sommes très loin des exercices de français !
  

Les consignes d’écriture, extrêmement variées dans leurs formes et leurs effets, permettent généralement d’inclure ces autres dimensions et notamment la gestion des émotions dans l’apprentissage de la langue. Ce qui est une des originalités du dispositif pédagogique de l’atelier d’écriture.

Dans le cursus de formation initiale, l’émotion n’est admise que dans les matières dites artistiques, sans que celle-ci soit nommée et encore moins analysée ou utilisée à des fins d’expression personnelle. Sans ce savoir-faire qui consiste à mobiliser son intelligence émotionnelle, il n’est pas possible de prendre du recul, de sentir l’émotion d’autrui, de respecter sa sensibilité et sa différence, de se comporter avec tact en société. (Cf.,  L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman, Ed. Robert Laffont). C’est pourquoi L’atelier d’écriture s’avère être un outil efficace de socialisation des personnes.

 

Une approche globale et pragmatique de l’apprentissage de la langue


Le français (langue maternelle) s’enseigne en dépit des besoins psychologiques (reconnaissance de sa valeur, intégration dans un groupe, gratification…) qui se trouve liés naturellement au langage. Il s’opère alors un désajustement entre les objectifs de la formation et les besoins de la personne en situation d’apprentissage. Au lieu de s’adresser à la personne toute entière, l’enseignement se limite à cette partie cérébrale. La langue devient aussi abstraite que les mathématiques. Son usage dit scolaire est perçu comme inutile dans la vie. Celui
qui apprend n’est pas en mesure d’appréhender l’usage qu’il pourra en faire ensuite pour lui même. Quelques exemples : est-il crucial de savoir ce qu’est une proposition relative ? La concordance des temps ? Les ruptures se multiplient. Je me souviens à ce sujet d’une explication de Célestin Freinet. Si on appliquait les méthodes d’enseignement du français pour apprendre à faire du vélo, alors, serait détaillé le vélo lui même et sa mécanique, l’historique des différents modèles, la vie des constructeurs, le code de la route, les lois physiques de l’attraction terrestre et des risques de chute en temps de pluie… sans jamais permettre à élève de grimper dessus et de pédaler. C’est précisément ce que fait l’atelier d’écriture : on monte sur la selle d’abord, on pédale fort et on comprend après comment on a réussit à avancer.  

 

Productions stagiaires

 

On m’a obligé de m’appeler Alexandre
De commencer mon nom par un grand A
Qu’aurais-je fait si on m’avait demandé mon avis ?
Je ne sais pas !
M’appeler autrement,
Sûrement pas !
Ce nom là on me l’a donné et je le respecte car
Il avait un autre propriétaire…
Mon grand-père.


Alexandre  
 

 

On m’a permis de m’appeler Francine
de commencer mon nom avec un gros F,
plein de fables et des farces.
Avec le gros nœud du f,
on fait des chemins sans direction
et même si on ne trouve pas d’explication
on s’en sort avec une amère détermination.

Francine

 

On m'a permis de m’appeler Horso
De commencer mon nom par un grand H
Qui me fait penser aux barres de mon boxe
Quand je sors du pré ou quand je sors en carrière
Je suis heureux de pouvoir sauter des barrières
Quand je vais avec mon maître auprès de l’eau
Ou auprès de la mer, je galope sur la plage au fil de la tempête.

Frédéric
                    


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Par Jocelyne Barbas, formatrice - Publié dans : Journal de l'animatrice
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Mardi 15 avril 2008

7 février 2008


La perception du projet par les stagiaires


La densité du projet nuit à sa présentation. J’ai bien une mouture écrite de cette initiative mais même lue, ce document n’est pas assimilé. Il devient nécessaire de mettre en évidence chaque étape et particulièrement le début de l’atelier d’écriture en marquant l’entrée du stagiaire. La réalisation d’un marque-page original m’a semblé tout indiquée.
Celui-ci possède plusieurs fonctions : se repérer dans sa lecture, se souvenir des sept consignes, concrétiser son adhésion au projet de l’atelier d’écriture. Il a été demandé également de le personnaliser, d’y mettre un peu de soi, d’exprimer ses goûts, ses attirances et de créer son marque-page en s’éloignant des modèles traditionnels.
L’émergence de la créativité se remarque tout d’abord par des demandes d’autorisation, un besoin de réassurance : « Puis-je taper mes textes ? Faire une recherche photo sur l’Internet ? Utiliser ce type de papier ? »
A ma surprise, les plus timides, les silencieux réalisent des découpes précises. La minutie apportée à leur création est étonnante. Cet entraînement à la concentration est vécu comme une activité de détente. L’approche manuelle dédramatise l’écriture et régule les tensions. Le bien-être s’installe. Nous travaillons des aptitudes nécessaires à la compréhension de la lecture et la pratique de l’écrit. Les stagiaires l’ignorent. Les contacts deviennent chaleureux. J’espère qu’ils associent la bonne ambiance de l’atelier à leur nouvelle relation à l’écriture. 
Les stagiaires sont les acteurs principaux de leurs apprentissages. Ce passage à l’action est particulièrement intéressant dans cette logique d’insertion des jeunes. Outre le fait qu’il soit particulièrement facile de détecter les « improductifs » dans ces activités de scrapbooking, cette approche permet d’appréhender et d’analyser les inerties et des blocages, indépendamment des difficultés à manier la langue.
Débuter est un obstacle, continuer jusqu’au terme de son action en est un autre. L’autonomie reste à construire.  Comprendre et accepter les consignes, les intégrer demande bien des efforts. Il s’agit le plus souvent de modes opératoires logiques, chronologiques dans lesquels ils devront faire des choix et s’exprimer au travers d’une réalisation visible de tous. Communiquer harmonieusement en société relève d’un réel apprentissage.

 

Des obstacles récurrents


La bonne volonté n’est pas toujours au rendez-vous. Je perçois parfois les silences comme de la violence contenue, d’une résistance trop éprouvée. Les nerfs sont à vif. Je sens qu’un rien pourrait les faire exploser. Il est fort douloureux de s’extraire de la passivité dont on s’est laissé engluer depuis des années. Les mots s’échauffent et dépassent quelque fois la pensée de leurs auteurs. Cette résistance au changement reste bien compréhensible.
J’ai recours à l’équipe des formateurs pour procéder à l’opération douloureuse du « coupage de poil dans la main ». Il m’arrive de solliciter de l’aide de l’équipe afin de faire entrer dans l’enceinte de l’atelier la discipline de l’école. L’autorité reste un repère essentiel pour se construire. Certains jeunes nous ont mené la vie dure jusqu’à temps que ces limites, qu’ils n’ont jamais eues, soient enfin posées. 
Il y a aussi la peur de se montrer, d’accepter d’étaler en public les déficiences, d’affronter  la honte avant de retrouver le chemin de l’apprentissage. Certains ego malmenés, des fiertés que l’on dit mal placées, ont généré des ruptures et parfois motivé le départ de certains stagiaires. Que faire face à leur immaturité ?
La mauvaise image de soi, l’habitude de renoncer à soi me fait penser à des pulsions morbides qui annihilent les désirs et les espoirs. Il faut des années pour rassurer une personne sur elle-même et faire en sorte qu’elle puisse à son tour, en toute autonomie et liberté, construire cette sécurité intérieure en ayant conscience de sa valeur personnelle. 
Animer un atelier d’écriture revient à engager un bras de fer avec les peurs, les réticences, les à-priori, les inerties, les héritages d’un passé scolaire douloureux. Tout ceci calmement, avec le sourire et la certitude que  cela va marcher, ce n’est qu’une question de temps. Toute une énergie à impulser. En permanence. Allant parfois jusqu’à «les insérer malgré eux », comme me le faisait remarquer Eric Meunier, le directeur de l’école.
Rien n’est inéluctable du moment que l’on accepte d’essayer, de participer. On peut tous progresser. Eux comme moi.  

 

Plus tard


L’expression personnelle


Nous en venons à l’écriture proprement dite. L’expression personnelle est un véritable casse-tête pour les stagiaires. Visiblement, on ne leur a pas souvent demandé de parler d’eux ou alors dans des circonstances éprouvantes : entretiens d’embauche, lettres de motivation, justifications de comportements avant l’application d’une sanction… Cela tient du supplice de se dévoiler. L’anonymat, c’est pratique, on peut rester dans ses modes de fonctionnement habituels sans jamais se poser la moindre question. Pas de jugement, pas de prise de risque, pas de prise de conscience de soi.
Je leur demande d’avoir une lecture d’eux même et de la rendre publique. Autant avouer que ma démarche est empreinte d’une grande violence. La stratégie d’évitement a été vite trouvée. Je dirais même qu’elle est restée en héritage par les stagiaires qui ont suivi : « C’est personnel, c’est trop intime donc je n’en parle pas ! ».
Evidemment, les notions  de « personnel » avec « intime » son confondues. Cette confusion joue à merveille son rôle de diversion quand la demande devient trop forte. Mis au pied du mur, leur inexpérience à parler d’eux-mêmes éclate au grand jour. Leur attitude varie du tout ou rien : déballage de souffrances avec écoulement de larmes et usage intensif des kleenex ou refus de participer pur et simple.
La pudeur relève d’un apprentissage social, d’une accommodation du degré de confidence à un interlocuteur et à un contexte relationnel. Cette expression de soi demande également de se situer activement dans un processus de communication sociale sécurisé, d’être capable d’utiliser le langage pour dire sa pensée. Rien d’évident. Rien d’acquis. Beaucoup n’ont pas les mots à leur disposition pour se dire.
Visiblement faire le tri entre « ce que je peux dire » ; « ce que je dois garder pour moi » requiert de faire des expériences personnelles car mes explications ne sont pas complètement perçues ou du moins, ne les ont pas complètement convaincus.
Le déroulement de la confection du carnet de voyage en Pologne, nous (l’équipe éducative) a laissé penser que les stagiaires pourraient faire usage d’un carnet intime pour s’entraîner à faire ce tri, pratiquer l’écrit de manière libre et autonome. Ces textes secrets pouvant enrichir leurs productions en atelier d’écriture. 

 

Au terme de la définition de ce projet, avec Christophe, il a été envisagé également un partenariat avec la bibliothèque du Château de Châtellerault, la visite du musée Fombeure  suivi d’une séance d’écriture en plein air et une journée de conférences sur le thème de « se contruire et se reconstruire » avec la participation, pour le moment espéré, de Madame Régine Deforges, Alberto Manguel, et Madame Cresson, fondatrice de la fondation des Ecoles de la Deuxième Chance et Présidente de l’Ecole de Châtellerault.  

J’ai l’habitude de fonctionner par association d’idées, par ajouts successifs. Ce qui me pousse inévitablement à la densité et la complexité des projets, voir à la dispersion. Je vais m’efforcer d’en rester là et de clôturer la présentation du projet de l’atelier d’écriture en donnant son nom : Les carnets de lecture, entre le carnet de l’écrivain et le carnet de voyage.

Aller au-delà, je pense que je tomberai en dissonance, c’est à dire, sans accord du diapason !


Résumé du projet

 


Les carnets de lecteurs, entre le carnet de l’écrivain et le carnet de voyage
 



Entrée dans l’atelier :

- La création de marques-pages originaux et personnalisés afin d’assimiler le fonctionnement de l‘atelier et les possibilités d’écriture 

Contenu de l’atelier:

- Des lectures créatives de quelques auteurs de la Vienne : Odile Caradec, Jean-Claude Martin, Maurice Fombeure, Régine Deforges, Didier Quella-Villéger

- Des visites à la bibliothèque du Château de Châtellerault et du Musée Fombeure

- Des carnets de lecture dont la confection se fait page à page d’un livre collectif unique, avec un processus créatif complet : de l’idée jusqu’à la fabrication de sa page ( scrapbooking).

- Un carnet d’écriture intime pour s’entraîner à se dire, s’organiser et structurer sa pensée et enrichir ses créations personnelles. 

De multiples valorisations

Lecture orale des textes au sein de l’atelier, publications sur le blog de l’Ecole, le journal de l’animatrice, présentation des réalisations des stagiaires à la bibliothèque du château et durant une manifestation organisée par l’école, une journée de débats et de conférences sur le thème « se construire et se reconstruire ».

 

Quelques notions
  


Le carnet


Le carnet est tout à la fois un support d’écriture et un ensemble de pratiques. Il tient à la fois du brouillon et du beau livre. Il permet toute forme d’expression de soi et une infinité de possibilité d’écriture : prise de note, collecte de fragments de vie, de traces, d’informations ; récits d’événements, résurgence de souvenirs, critiques, dialogue avec sa conscience, voyage initiatique de découverte de soi et de son humanité, regard posé sur le réel, le monde et l’imaginaire, confidences à un journal intime, compilation de découvertes, d’étonnements, de questionnements, d’indignations, de refus…
 

                 Le carnet de voyage


Le carnet de voyage peut contenir toutes sortes d’informations et de documents. Il utilise simultanément de nombreuses pratiques d’expression : texte, illustration, collage, photo, mise en page, aquarelle, dessin… Il peut être réalisé pendant ou après un voyage.

La notion de voyage retenue n’a rien à voir avec le tourisme. Elle s’appuie sur les analyses de nombreux écrivains voyageurs notamment celle de Nicolas Bouvier : « On voyage pour que les choses surviennent et changent, sans quoi on resterait chez soi. » ; « On croit faire un voyage, mais bientôt c’est le voyage qui vous fait ou vous défait. » et « Alors, le seul fait d’être au monde remplirait l’horizon jusqu’au bord. »


Le journal du lecteur
 


Le journal d’un lecteur
est une œuvre d’Alberto Manguel parue aux éditions Actes Sud, Babel, dans lequel il adopte une approche particulièrement active et créative de la lecture.

 « Parce que la lecture est peut-être avant tout une « conversation », tout lecteur éprouve le besoin de « répondre » aux textes qui l’interpellent et confèrent à sa vie un surcroît d’existence. »

« Il m’est apparu que, si je lisais un livre par mois, je pourrais mener à bien, en un an, quelque chose qui tiendrait du carnet intime et du recueil de citations : un ensemble de notes, réflexions, impressions de voyage, descriptions d’amis, d’événements publics et privés, le tout suscité par mes lectures. J’ai dressé une liste de ce que serait les livres choisis. Il me paraissait important, pour l’équilibre, qu’il y eût un peu de tout. » 


Le scrapbooking


Le mot anglais « scrap » désigne des chutes de papier coloré, recyclé qui servent à embellir les albums photos de famille, « book » signifie : le livre. 

   



La réalisation de pages selon ce procédé permet d’aborder la rédaction, le français, la mise en page (conception et réalisation informatique), les relations textes, images ; les livres d’artistes. 


 

Les stagiaires sont sollicités pour collecter toutes sortes d’objets : boutons, rubans, œillets, photos, dentelles… L’accent est mis sur le recyclage et le détournement d’objets, la débrouillardise, le partage d’idées ; de matières et d’objets collectés. 

 

   
                                       

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Jocelyne Barbas, formatrice - Publié dans : Journal de l'animatrice
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Mardi 15 avril 2008

En marge des carnets de lecteurs

Journal de l’animatrice  - E2C Châtellerault

ã Jocelyne Barbas 2008

 

29 février 2008

 

Débuter un atelier d’écriture

Le plus dur, c’est bien connu, c’est de commencer. Je me sens encore imprégnée du précédent atelier d’écriture. Certains stagiaires ont déjà quitté l’école. Des nouveaux sont arrivés. Les carnets de voyage en Pologne ont été remis : « Lorsque les hommes ont perdu leur humanité. ». Les objectifs atteints, l’enthousiasme est retombé. Des tensions s’effacent alors que d’autres naissent.

Commencer, c’est rompre avec ce passé encore chaud. Jeter les lauriers au feu quand on en a récoltés ou au contraire se défaire des constats négatifs. Redevenir neuf, s’ouvrir à tous les possibles, se rendre aussi vierge et disponible qu’une page blanche afin d’y inscrire une nouvelle expérience.

Le moment est venu de se réorganiser, de créer d’autres repères, d’utiliser d’autres contenus. Je me sens autant déstabilisée que les stagiaires. Je dissimule mes émotions derrière mon statut de formatrice, le formalisme de la présentation de l’atelier. Puis, je m’anesthésie en  m’engageant tout entière dans l’action. 

On commence par faire reconnaissance, c’est à dire que l’on s’observe. Chacun sur la défensive, en alerte. Certains déchiffrent les phrases. Les mots inconnus se cumulent. La peur de ne pas savoir-faire les paralyse à un tel point qu’ils n’entendent même pas les consignes. Ils sourient pour sauvegarder les apparences. Les questions restent rares. Les mots ne passent pas les frontières de leurs angoisses. Les silences s’alourdissent. Les regards fuient et se figent dans un ailleurs inaccessible. J’ai fréquenté leurs peurs avant de faire leur connaissance. Autant dire que nous nous connaissons déjà.

La parole s’échange difficilement. Les premières heures, je vois qu’ils écoutent, comprennent mais répondent rarement à une question. On pourrait les croire amorphes, endormis, sans motivation. Il n’en est rien. Ils n’ont pas pris encore leur place et se regardent. Ils n’ont pas encore attrapé les mots pour exprimer leurs pensées. Rien ne servirait de les brusquer. Au bout de deux heures d’écoute, ils sont à saturation car ils ont perdu l’habitude de se concentrer et de rester assis. Ils luttent pourtant pour rester en éveil. Il y a des incompréhensions, des flottements de leur attention. Le plus hardi posera une petite question, fera une remarque et attirera à lui une toute nouvelle considération. Puis, il me faudra reprendre la parole, expliquer, montrer des possibilités d’expression orale et écrite, des travaux déjà réalisés par d’autres. Leur donner à voir, à entendre. Varier les stimulations. Remplir chaque seconde d’intérêts renouvelés. Ne pas laisser retomber cette mise en éveil.

Avec l’expérience, je sais qu’un groupe silencieux est un groupe qui travaille. Je les sens présents et cela me suffit amplement pour commencer. Si j’arrive à les faire sourire et mieux à les faire rire, alors je sais que nous sommes ensemble sur la bonne voie.

Je prends ma place dans le groupe. Je leur explique que je vais les tutoyer et les appeler par leur prénom. Je demande à ce qu’il fasse de même avec moi. L’échange respectueux est possible même en optant pour un rapprochement émotif et sensible.

J’ai choisi un mode de communication non violente qui exclut d’emblée toute tentative de domination au profit de la compréhension, l’empathie, l’absence d’enjeux. L’émergence de la parole est un apprivoisement qui nécessitera du temps. Parlons-en avec nos yeux en attendant.

 

Plus tard

Le concept de l’atelier

 

Le concept de l’atelier est né par « brouillonnements » successifs. Je me rends compte de la difficulté à poser mes idées. Ce travail de clarification s’avère pénible en raison de sa nécessaire lenteur, des tâtonnements, de l’impatience qui se traduit en doute. Seule à réfléchir, cette recherche se transforme trop souvent en errance. Certains de mes projets n’ont pas survécu et se sont retrouvés enterrés dans mes imprécisions.

A l’école de la deuxième chance, tout le monde court dans tous les sens. Les urgences succèdent aux urgences. Heureusement, les pauses cafés sont denses et efficaces. Les mots échangés redonnent de la vigueur à mes réflexions. L’équipe pédagogique de l’école agit comme d’un diapason. Une acceptation, c’est un « la » qui sonne bien alors je poursuis jusqu’au prochain besoin d’accord. C’est d’ailleurs le mot que j’attends : « je suis d’accord » (au moins sur une partie de mes propositions). Ce n’est pas l’autorisation d’un supérieur hiérarchique, mais une complicité qui naît : je résonne et raisonne avec toi. Cet écho m’est essentiel car il me guide. Cette année, j’ai eu toute liberté de faire des propositions de contenu et de fonctionnement. J’ai donc donné libre cours à mes désirs. J’avoue avoir commencé par me faire plaisir. C’est un préalable nécessaire pour cultiver sa motivation professionnelle !

 

Un accès salutaire à la littérature

Je vais tenter de retracer la genèse de ce projet, d’aller  gratter  dans ses racines. Un désir est souvent la réponse différée à des frustrations passées, à des contestations de l’ordre établi.

Il est coutumier par exemple d’entendre que la littérature est réservée à une élite. A quoi ça peut bien servir un poème quand on est presque à la rue et que l’on cherche du boulot désespérément ? Il faut toujours se concentrer sur l’utile, le besoin immédiat et laisser tomber le reste. L’individu se retrouve réduit à des besoins primaires. Et si ses besoins d’être humain étaient de commencer à prendre de la distance pour mieux réfléchir sur soi, sa vie, son avenir ? Comment accompagner ce mouvement de prise de recul si ce n’est par un travail sur sa pensée ?

Bien sûr, on peut dire « Il faut ».

Bien sûr. Mais cela ne fonctionne pas. La personne l’aurait déjà fait d’elle-même pour échapper à son angoisse et la foule de problèmes qu’elle subit.

Se détacher du présent n’est pas donné à tout le monde. Il n’y a que le rêve, l’imaginaire, la décentration qui puissent permettre un tel prodige. Générateurs d’espoirs, de confiance, d’idées nouvelles, de réflexion, ils aident la personne à se construire cette merveilleuse faculté de maîtriser sa pensée pour agir et transformer sa vie. C’est aussi vital que de remplir son estomac ou de trouver un endroit pour dormir.

Il m’est arrivé de lire une nouvelle à voix haute à un chef d’entreprise pour mettre des mots sur ses émotions, l’aider à mieux percevoir celles de son personnel, faire baisser son niveau de stress et l’inciter à mieux communiquer. Il fut surpris au début mais convaincu après s’être prêté à cette expérience. Depuis, il s’est mit à lire des romans.

Le paradoxe est posé. La littérature, art futile, plaisir raffiné réservé à une élite, s’avère être socialement et professionnellement irremplaçable.

Sans me lancer dans de très longs développements, je sais que l’art est aussi vital que l’air que l’on respire. Nous avons tous besoin de beauté, de délicatesse, de pensées et d’émotions qui nous ravissent, d’expérimenter une forme supérieure de communication qui puisse nous faire grandir et magnifier nos existences. C’est précisément à cela que j’aimerais convier les stagiaires de l’école.

 

L’éveil à la curiosité

Les jeunes n’ont plus d’intérêt pour rien ! C’est ce que l’on entend le plus souvent. C’est à croire qu’ils naissent désabusés, atteints d’un gène générationnel pathogène incurable. Une fatalité. Mais, il n’y a que la curiosité qui leur fait défaut ! Comment accompagner cette opération d’ouverture sur l’extérieur et lutter ainsi contre le repris sur soi ?

 

S’ouvrir à la création littéraire

Voici la réponse que j’ai expérimentée. Il s’agit de réapprendre à voir, ouvrir les yeux sur son environnement proche. Je l’avais préalablement vécu en étant pigiste pour la Nouvelle République. Je suis allée à la rencontre de mes voisins. J’ai découvert dans ma rue des passions inédites et un nombre incroyable d’entreprises. Pourtant de l’extérieur, on ne voit que des maisons individuelles donnant sur la rue principale du bourg. Je suis passée plus de dix ans devant et je n’ai rien soupçonné.

Il m’arrive de faire descendre les stagiaires dans la rue, en bas de l’école, à huit heures et demie du matin, en leur demandant de prendre des notes de ce qu’ils voyaient, de saisir avec des mots « tout ce qui arrivait à leur cerveau ». J’avais nommé cette expérience « l’écriture de cueillette dans le vif de l’observation. »

J’avais jeté sur le papier quelques observations concernant cette séance de travail.

Symboliquement nous sommes tous dans la rue (et à la rue aussi de ce qui est socialement accepté des manières d’écrire), observateurs de la banalité du monde,  du familier. L’intrusion dans cet espace urbain muni d’instruments inhabituels : bloc notes, stylos avec une position également nouvelle : les yeux, les oreilles et les sens ouverts à l’extérieur attirent l’attention de quelques personnes. Enfin on se regarde ! Les visages sont étonnés, intrigués, d’autres restent fermés, absorbés par mille préoccupations, ectoplasmiques (que de fantômes traversent le présent machinalement !).

Le regard des stagiaires change. Soudain un intérêt apparaît. « Je suis dans la rue comme chaque jour mais aujourd’hui, on me regarde. Tiens, j’existe tout d’un coup. »

Ce constat d’existence a été amplifié par l’usage d’un stylo et par la consigné donnée : « se concentrer, se rendre disponible à soi-même, être à l’écoute de sa conscience, de ses émotions, de ses sensations, de ses sentiments ». L’écriture qui résulte de ces observations n’est que notes en vrac, sons, mots épars, une matière langagière brute qui serait retravaillée, triée, restructurée, des éclats de vie qui donneront à penser, des fragments d’idées, des traces, des esquisses de phrases, des croquis…

Explorer son intériorité en confrontation avec le monde extérieur permet de mettre en place une forme de respiration intellectuelle, de fluidifier ces passages d’informations entre le dehors et le dedans, d’affûter ses perceptions du monde à des moments choisis et de nourrir son monde intérieur.

Il s’agit bien d’intensifier sa manière d’exister. Les stagiaires deviennent présents et actifs, « présents au temps présent. », selon la célèbre formule de Nicolas Bouvier.

Ce petit pas de côté, à côté de nos habitudes, c’est l’ouverture à un espace d’écriture personnelle dans laquelle il sera désormais possible d’écrire en s’impliquant. Ce décalage crée une excitation, inspire, amuse… 

Je me souviens des premiers pas en littérature de Fatima. Nous étions toutes deux sur le pont juste devant l’ancienne manufacture d’armes, dessous coule une rivière.

« - Comment dire ? Oui l’eau coule, mais comment cela s’appelle ce que j’entends ? Le bruit de l’eau ? Et ce blanc de l’eau en mouvement, c’est presque la même matière que les nuages… »

Hésitante sur le choix des mots, elle les multiplie, tente plusieurs assemblages jusqu’à obtenir cette formulation « le bouillonnement froid de l’eau dans le lit de la rivière. »

Mais bon sang, c’est de la poésie !

Les premières pierres de la construction de ce projet étaient posées : la littérature est essentielle pour mieux vivre, la proximité constitue un facteur d’épanouissement accessible à tous. J’ai ajouté la pierre suivante en choisissant des textes d’écrivains vivant ou ayant vécu dans la Vienne. Chaque pas est une question qui se pose. Comment faire accéder les stagiaires à ces univers ? Ils perçoivent majoritairement la langue écrite comme une langue étrangère…

 

Stimuler la lecture

J’avais déjà tenté la lecture simple de texte bref, des nouvelles policières. Deux stagiaires sur tout un groupe suivaient. Il suffit d’un mot inconnu pour les faire décrocher. Le sens de l’écoute n’étant pas encore acquis, il me fallait changer de stratégie. Les faire écrire en lisant, dynamiser à l’extrême leur lecture, les faire produire au raz des textes d’auteur, mot à mot (un véritable goutte-à-goutte littéraire).

Je me suis référée immédiatement au journal d’Alberto Manguel. Celui-ci considère la lecture comme une conversation dans laquelle le lecteur peut réagir. Il me fallait aussi compléter cette approche en simplifiant et en formalisant les modalités de participation à ces conversations. Je choisis donc sept consignes, sept possibilités d’écriture que l’on pourrait utiliser pour n’importe quel texte travaillé dans l’atelier d’écriture. J’y voyais aussi un avantage pratique : les stagiaires pourraient les mémoriser donc les utiliser.

 

Voici les 7 consignes.

 

1) CITATION

Relevez une phrase dans l’un des textes et la commenter.

 

2) LISTE ET INVENTAIRE

Établissez des listes de mots : mots inconnus, mots que j’aime… Inventez plusieurs catégories de listes

 

(3) PROLONGEMENT

Prolongez le texte de l’auteur (relevé d’un mot, d’une phrase, d’un paragraphe) pour inventer un récit

 

(4) ADAPTATION

Réécrirez un passage en l’adaptant : à son univers, à sa manière de parler

 

(5) ASSOCIATION

Rédigez par association d’idées sur un thème de son choix

 

(6) CONTESTATION

Écrivez afin d’exprimer un avis contraire au texte.

 

(7) INVENTION

Rédigez dans le prolongement de votre lecture et inventez votre propre procédé d’écriture, en relation avec ce texte.

 

Comme d’habitude, j’en référais à mon diapason. Il a un nom. Christophe. Nous avons raisonné d’un même accord. J’eus un autre écho favorable d’Anne-Laure. Je poursuivis donc alors jusqu’à l’étape suivante.

 

 

 

Une gestion de la dynamique de groupe « au fil de l’eau »

Le groupe d’écriture à l’école est instable. J’ignore quels stagiaires seront présents au début de la séance d’écriture, la durée de leur parcours, leur profil. Je ne peux pas construire mes interventions en me référant à une progression ou à un cadre prédéfini. C’est frustrant pour un formateur de ne pas bénéficier d’une ligne directrice, de ne pas pouvoir mesurer, même de manière fragmentaire, les progrès accomplis. Nous avions bien une fiche d’analyse pour évaluer la participation à l’atelier mais cela ne me satisfaisait pas. Les stagiaires n’ont pas de vue d’ensemble du travail accompli en atelier, ni de son aboutissement (hormis lors de la création du carnet de voyage). J’ai senti qu’il me fallait axer mon action sur les travaux individuels et utiliser différemment la dimension formative liée au groupe. Chaque stagiaire a donc désormais la responsabilité de mener son travail au fil des séances selon ses présences ; des temps de partage et de communication sont institués afin de sauvegarder la cohésion du groupe. J’ai donc à gérer en même temps des stagiaires engagés dans des activités de formation différentes. Mon intervention se situe tout d’abord à un niveau individuel, puis s’adresse ponctuellement à l’ensemble des stagiaires.

Avec Christophe, nous avons décidé d’utiliser les techniques de scrapbooking dans l’atelier d’écriture, d’approcher ainsi l’écrit au travers d’une activité manuelle créative. Il a été envisagé de recourir au recyclage de matières, de mettre en commun ce que les stagiaires auraient récupéré, bref, d’accomplir un processus complet de fabrication de son texte à son rythme ; de l’émergence des idées à la réalisation d’un livre collectif dont chaque page serait unique.

 

 

Par Jocelyne Barbas, formatrice - Publié dans : Journal de l'animatrice
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Mardi 12 février 2008
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Semaine de la langue française
www.dgfl.culture.gouv.fr
Les dix mots de la langue française
 
L’atelier d’écriture de la Deuxième Chance de Châtellerault participe pour la première fois à la semaine de la langue française, manifestation francophone, en publiant des textes sur son blog.
 
Cette année, les dix mots sélectionnés sont : apprivoiser, boussole, jubilatoire, palabre, passerelle, rhizome, s’attabler, tact, toi.
 
Que faire avec dix mots ? Cette question a conduit les participant à expérimenter divers procédés créatifs.
 
 
Sur le thème de la rencontre
Imaginons que ces mots puissent se rencontrer de toutes les façons possibles : par hasard, par tirage au sort, en combinant les mots de liste entre eux, un mot de cette liste et un autre, par attirance (un mot rigolo, extraordinaire, étrange, de caractère, inconnu, d’enfant…)
Imaginons aussi que subitement, ces mots se comportent comme des personnes dans un univers inventé. Votre texte sera le récit d’une conversation qui s’est déroulée lors de cette rencontre…
 
 
Rencontre
Quand je suis arrivée à une passerelle, je me suis rappelé le premier jour où j’ai vu ton visage. Je me rappelle de toi. Tu regardais le coucher du soleil, un regard de tristesse, de solitude mais je suis arrivée. Je t’ai regardé et j’ai su que tu allais m’appartenir alors je t’ai dit : « Viens à moi mon petit lapin. »
Il a couru vers moi avec un regard heureux. J’ai emmené le lapin avec moi. C’est un lapin très mignon. Mais, il veut aller sur mon chapeau. Ce n’est pas grave, il peut y aller.
- Nous allons à ma maison, dis-je au lapin
Puis il disparut.
Je courus chez moi, et je racontai l’histoire à mon petit frère. Il me dit :
– Tu ne sais pas !!!
Il regarde mon chapeau et dit – ABRACADABRA et comme par magie le lapin réapparût, avec son visage blanc.
Mon frère sauta de joie, et dit
 – C’est un lapin magique.
Isabel
 
Apprivoiser un arc-en-ciel
Apprivoiser un arc-en-ciel, c’est un rêve d’enfant
Un petit garçon nous raconte :
« Un arc-en-ciel, c’est beau, ça a plein de couleurs : du bleu,  du rouge, du jaune, du vert… Un jour, je voudrais en avoir un pour moi.
Mais maman dit que ce n’est pas possible.
Mais il arrive, je mets mes bottes et mon manteau et je cours le voir. Plus je m’approche, plus il s’éloigne et disparaît. Alors je rentre à la maison triste et j’attends qu’il revienne. »
Jusqu’au jour, où il eut l’idée de l’apprivoiser.
Il décida d’aller au pied d’une statue ou l’arc-en-ciel tombait toujours.
L’arc-en-ciel vint. Le petit garçon pu lui parler. Il lui demanda de l’emmener faire le tour du monde et de visiter tous les pays.
Stéphanie Demompion
 
Heu merde !
Ce petit garçon est dur à apprivoiser. Il se montre très difficile et refuse la communication dite « gentille ». Pour lui les gros mots n’ont pas de secret.
Je décidai de l’emmener dans un endroit calme afin de lui faire découvrir un milieu de douceur telle qu’une bibliothèque.
Il était surpris car tous les enfants étaient sages. Mais lui commença à dire des gros mots aux autres enfants. L’un d’eux lui répondit qu’il avait vu dans un livre que le Père Noël n’apporte pas de cadeaux aux enfants méchants et désagréables.
Et surprise… Le « heu merde » se transforma en « oh mince » ! Il s’excusa.
Ce petit garçon dur à apprivoiser se retrouva d’un coup plus sage grâce à la remarque d’un autre enfant de son âge. 
Laurence Gouron
 
Une tétine boussole pour ne jamais perdre sa famille
Je me promène en ville tout seul comme un grand. Et d’un seul coup je marche sur quelque chose : c’était une Tétine transformée en boussole. Je la ramasse et je me sers de la boussole pour retrouver la famille qui l’a perdu. Ensuite, je me repère grâce à cela pour retrouver le petit ou la petite. Oh ! Je vois une poussette devant moi. Je cours, je cours.
- Excusez-moi madame, j’ai trouvé une tétine boussole par terre, elle est à vous ?
- Oui me répond la maman du petit, merci, jamais, je ne croyais la retrouver. Merci encore, au revoir.
Julien
 
Ces rencontres peuvent être imaginaires. Tout devient possible…
 
La colombe et la petite fille
Une colombe discute avec une petite fille sur le rebord de la fenêtre de sa chambre.
La colombe dit «  Lylya, tu sais, je me sens seule je voudrais rester avec toi dans ta maison, car je t’aime beaucoup » Lylya va voir sa maman qui lui dit non et lui explique pourquoi.
La fillette revient et lui dit «  Si je te garde, tu devras être en cage, tu seras malheureuse et je n’ai pas envie de ça, si je te laisse en liberté dans ma chambre tu partiras. »
L’oiseau répondit « Mais non, ce n’est pas vrai si je te le demande, ce n’est pas pour partir... »
La maman finit par accepter et Lylya garda la colombe. Elle l’appela Blanchette en raison de sa couleur blanche comme la neige.
Saandia
 
Illustrer un mot par une histoire, par exemple le mot « palabre », les rencontres peuvent devenir explosives…
 
Je suis la première
C’est la nuit du 24 de décembre et le père Noël prépare son sac. Il a beaucoup de choses à faire, mais il n’a pas beaucoup de temps. C’est l’heure de partir. Dehors la neige tombe doucement, et danse avec le vent. Tout est blanc.
Les filles et les garçons sont dans leur lit.
Le père Noël sort de son château, il va partir, mais il ne peut pas, dehors, il y a une grande confusion, tous les rennes discutent.
Tous se disputent la première place. Quelle confusion ! Finalement, les rennes, ne trouvant pas de solution, firent une grève.
Aurélia 
 
 
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Les fleurs
Il y a rébellion dans le jardin du voisin. Les fleurs en ont marre d’être coupées, arrachées dès qu’elles deviennent magnifiques !
Ainsi, une grande discussion commence entre elles. Les unes disent que ‘elles ne vivent pas assez longtemps et les autres voudraient pouvoir s’épanouirent montrer leurs belles couleurs.
Donc elles décident ensemble de s’ouvrirent toutes la nuit pour être sures de vivre en toute tranquillité et de rester belles et fraîches plus longtemps. 
Et la journée, elles restent refermées sur elles-mêmes, têtes baissées pour paraître fanées et moches !!
Laurence
 
Les pies
C’est un jour de printemps, où se rassemblait une dizaine de pies, au pied d’un hêtre, car tout l’hiver elles s’étaient séparées au bout du monde pour éviter le froid. Elles se rejoignaient tous les ans au même endroit pour raconter ce qu’elles avaient chipé chez les êtres humains.
La fille pie commence à parler et raconte ce qu’elle a volé : un verre de cristal, une bague, un collier, etc.… des choses banales quoi !
Quelques pies parlaient mais l’une d’entre elles se manifesta en coupant la parole :
« Mais vous parlez depuis des heures de ce que vous avez volé, mais chaque année c’est pareil !! »
Mère pie dit :
« Dit-nous, toi ce que tu as volé de si incroyable ? » et cette petite pie dit :
 «  Moi…. Moi j’ai chipé à une petite fille son petit Jésus de cristal »
« Comment, cela, tu as volé un petit Jésus ? Tu n’as pas le droit de voler le Christ à une petite fille, c’est SCANDALEUX !!! Part d’ici et que l’on ne te revoie plus ici de si tôt ! »
Aurélia
 
Une rencontre de foot animale
Je suis à un match de foot et le match va bientôt commencer. Incroyable des chats contre des ours. Forte domination des ours. Les pauvres chats… Ils essayent de défendre leur but car les ours mènent au score de 1 à 0. Et d’un seul coup, les chats marquent un super but de la tête en s’aidant du poteau. Ils égalisent donc le score de 1 à 1. Les chats font un remplacement à la dernière minute. Le plus fort d’entre eux qui se cachait sur le banc de la touche fit son entrée. Ce chat a une force phénoménale. Il tire un but et il marque un boulet de canon. Fin du match. C’est la première fois que les chats arrivent à battre l’équipe des ours. Les chats vont pouvoir faire la fête.
Julien
 
Les chaussures et les chaussettes qui puent
Dans le placard les chaussures sont entrain de parler entre elles.
« On n’a marre de se faire traiter comme ça. J’ai envie d’être belle tous les jours, d’être lavée.. en plus nous sommes tellement serrées que nous ne pouvons plus respirer…
L’autre jour, j’avais vu Lala mais elle m’a même pas regardé par ce que je sentais tellement mauvais…
Jojo faisait le beau quand il a vu Lala. Il lui a proposé un rendez-vous qu’elle a accepté.
Quant à moi je vais rester là, à vieillir et je n’aurais jamais un câlin de Lala.
Djaouharia
 
La guerre aux chasseurs est déclarée
Un jour de septembre, dans une forêt, tous les animaux étaient rassemblés. Ils ont commencé à discuter car ils en avaient marre de se faire tirer dessus. Alors le cerf dit : « C’est à notre tour de les chasser. » Le lendemain tous les animaux prenaient leur fusil et se cachaient dans les buissons en attendent que les chasseurs arrivent. Tout à coup, un chasseur se montre. Un sanglier sort du buisson et lui tire dessus. Le chasseur prit peur est partit en courant. Tous les animaux sortent de leur cachette pour rigoler.
William
 
 
La liberté d’un lapin
C’est un lapin qui vit en cage dans un appartement et qui en avait marre de rester enfermé. Alors qu’un jour il gambadait dans l’appartement, il alla voir sa propriétaire et lui demanda de le laisser partir dans la forêt. Mais là, ce fût le conflit. La propriétaire lui dit :
- « Mais tu es fou ! Tu ne trouveras aucun endroit pour dormir et rien à manger. La vie dehors est cruelle. D’accord, tu te feras peut-être des amis, mais il y a aussi des personnes très méchantes, et il y a aussi des chasseurs aussi qui pourraient t’attraper. Réfléchis bien et tu verras que tu es bien mieux ici ! »
Le soir même, dans sa cage, le lapin tournait en rond. « J’y vais, j’y vais pas, j’y vais, j’y vais pas. C’est vrai que j’suis bien ici. Nourriture à volonté. Il ne fait pas trop froid, et puis j’ai des câlins de ma propriétaire, mais j’me sens quand même un peu seul dans cette cage. »
Le lendemain, le lapin eu une idée. Il demanda un compagnon à sa propriétaire.
Aline
 
Histoire vache
C’est l’histoire de deux vaches qui sont dans un près. Selma, l’une des vaches demande à Dj’s de l’accompagner faire les magasins pour acheter les cadeaux de Noël. Dj’s est d’ accord. Les deux copines partent et arrivent dans un magasin. Elles rentrent. Selma s’écrie :
« - Mais quelle horreur ! Des manteaux en peau de vache ! Et je suis sur que ce n’est même pas du vrai…
 Le vendeur qui a tout entendu répond :
« Si, si, c’est du vrai, de la pure charolaise, je vous assure. »
 Dj’s qui a bien regardé le manteau, qui l’a bien senti, se rappelle de cette odeur particulière, pas parce que c’est une vache, mais c’est l’odeur de l’une de ces cousines. Les copines s’énervèrent après le vendeur et se font mettre à la porte du magasin. Elles rentrèrent sans cadeaux et énervées en plus.
Blandine
 
Parfois aussi la rencontre s’annonce dès le départ comme une rupture…
 
Ma rencontre avec toi, la Pologne
Toi, la Pologne, que j’ai rencontrée, tu étais froide et pauvre. C’est à cause de ton passé. Bien sûr, tu as ta bière et ta Vodka, même des Mc Donald. Tu as aussi beaucoup d’églises ; 120 et 7 synagogues. C’est beaucoup quand même.
Je ne veux plus te voir parce que tu es froide. Je préfère la France, car elle est chaleureuse et accueillante.
Au revoir et à jamais.
A toi la Pologne.
Lydie
 
 
Ces textes illustrent en partie ce travail de création effectué à l’école. La contribution des stagiaires reste libre. Nous aurions pu continuer longtemps à jouer avec dix mots…
Il en a suffit de deux pour inventer l’Humanité : Adam et Eve, alors, pensez-donc à tout ce que nous aurions pu faire avec dix…
Par Jocelyne Barbas, formatrice - Publié dans : Semaine de la culture
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Mardi 12 février 2008

IMG_2893.JPG Depuis un an, chaque semaine, le mardi matin,  j'interviens auprès de jeunes (18 - 30 ans) à l'Ecole de la Deuxième Chance de Châtellerault. Ils sont sortis de leur cursus de formation sans diplôme et sans perspective d'embauche.  Le concept de l'école est original. Edith Cresson, à l'origine de cette initiative,  préside encore aujourd'hui la fondation des Ecoles de la Deuxième Chance au niveau national. Ces jeunes sont particulièrement en rupture avec l'écrit et avec la lecture. L'approche pédagogique  m'est spécifique. Elle est le fruit de plus de dix ans de pratique. Les résultats ont été jugés concluants et il se trouve que le 25 janvier à 17 heures, ont été présentés les travaux des élèves à Madame Edith Cresson. Il s'agissait d'un carnet de voyage collectif réalisé consécutivement à un séjour de 4 journées en Pologne, à Cracovie et à Auschwitz, du 15 au 18 octobre 2007, que vous pouvez consulter en cliquant sur le lien  http://www.esprit-livre.fr/cariboost1/crbst_20.html, d'un petit film de neuf minutes réalisé dans le cadre de l'atelier théâtre, ainsi que d'une exposition sur le même thème.


Inauguration de l'exposition

Par Jocelyne Barbas, formatrice - Publié dans : Devoir de Mémoire
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